Dans une approche métaphorique de la "toile" on peut considérer que chacun de ces fils est une contribution au "tissage" de la construction générale. Le fil sera d'autant plus propre à un tissage enrichissant pour l'ensemble qu'il sera facile à manier, et ceci dépend de sa rectitude.

Le but recherché est de trouver une certaine cohérence entre le billet et les commentaires et dans l'interaction entre les commentaires eux-mêmes. Le terme de fil désigne bien cette morphologie, brin long et fin d'une matière textile, il exprime à quel point une discussion peut s'étendre, s'étirer, et, du coup, perdre fondamentalement en substance. L'exemple du Point Godwin en est une illustration célèbre.

Polysémique, le fil peut également renvoyer au tranchant d'une lame, et sous entend ainsi qu'il n'est pas rare que certaines conversations prennent l'aspect de véritables combats, ou joutes verbales, qui n'ont alors plus guère de rapport avec une contribution pertinente et réfléchie permettant de s'orienter vers le véritable débat.

La nature du fil dépend donc de la forme qu'il prend en se déployant. L'idéal est qu'il soit droit, qu'on puisse vérifier sa ligne en l'inversant, tel un fil à plomb dans lequel le billet joue le rôle du plomb. Mais ceci n'a de sens que si les points de vue qui y participent ne sont pas, eux-même linéaire. Ceci dépend donc de la capacité du billet, à la fois à faire débat, et à disposer d'un "poids" suffisant pour que cela ne parte pas dans tous les sens.

Quelle que soit la qualité du billet, il peut se trouver confronté à des "contre-poids" qui vont tendre à déformer le fil, à le détourner de son axe, et finalement chercher à le briser en déplaçant la discussion sur une autre sujet en adoptant un autre axe. La pratique consistant à détourner le fil des commentaires d'un blog est globalement désignée comme le "trollisme" qui est un peu le sport de base des blogs, les motivations des "trolls" étant des plus variées autant que leur force, c'est à dire leur capacité à torde ou à détourner un fil, elle-même très variable.

L'esprit d'un fil se présente en tant qu' "esprit humain" donc soumis à l'esprit des autres à travers des liens complexes puisqu'enracinés dans des forces et des intérêts qui n'ont, à priori, aucun rapport avec les enjeux de l'esprit tels qu'ils se déploient dans une simple conversation. C'est ce qui rend souvent difficile à comprendre les motivations profondes du trollisme, qui se présentent comme des jeux de purs dérèglements. Mais si, comme le propose Montaigne : "Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c'est à mon gré la conférence." l'apparent désordre des échanges dans la blogosphère laisse deviner quelles pourraient être les règles à adopter pour contribuer à faire naître sur la toile un "art de conférer" qui ne soit pas qu'une idée abstraite.