Le mécanisme de détournement du trollisme agit principalement par le "coup d'état" dialectique, c'est lui qui va définir la ligne de clivage à l'intérieur du groupe qui se constitue pour discuter du sujet d'un billet. Plusieurs techniques peuvent se révéler d'une grande efficacité. Par exemple pour scinder un groupe en deux entre ceux qui se révoltent contre le pouvoir et ceux qui s'y soumettent avec servilité (mode le plus classique) le trollismes passe par un savant mélange de flatterie envers les uns et d'injures envers les autres, pour, dans un premier temps, se faire à la fois des alliés et des ennemis. Puis, une fois ce clivage établi, de lui donner un sens par rapport à une analyse, en situation, du pouvoir institutionnel. cette conjonction, ce court circuit, peut déclencher une véritable "explosion" de commentaires qui vont rapidement tourner à l'affrontement des deux groupes, beaucoup plus passionnant que n'importe quel sujet proposé à la discussion.

C'est la raison pour laquelle le trollisme se présente comme une "boite à outils" conflictuelle. Il réinvente, ce qu'on désignait dans les usages anciens des repas, l'art d'éviter les "sujets qui f?chent" : politique, religion, argent etc en leur conférant une précision et une radicalité plus grande. Aujourd'hui, c'est la blogosphère qui détermine la structure des débats et des polémiques dans la réalité. Par exemple le débat sur Haenel/Lanzmann sur Karski et l'attitude des aliers à propos de la Shoah, prend des allures de Point Godwin, ou encore l'utilisation d'une polémique sur le plagiat pour brouiller la réception d'un livre par les media (Romance nerveuse de Camille Laurens) relève également, par sa "modernité technique" du trollisme.

Le trollisme, tel qu'il s'est développé dans la blogosphère a initié et souvent adopté un certain nombre de règles négatives qui peuvent nous servir, en creux à concevoir progressivement, les positives. Ainsi, dans le travail de clivage d'un groupe de discussion le trollisme va consister, aussi bien, à ne jamais être d'accord sur quelque sujet que ce soit, ou à l'inverse être systématiquement d'accord, ou les deux pour les plus souples. le caractère systématique de cette double position a pour effet de neutraliser tout point de vue qui se constituerait à partir d'une réflexion ou d'une pensée, en la rendant dérisoire. Le désaccord systématique peut d'ailleurs produire le même effet en se concentrant sur une seule personne qui incarnera, dés lors, l'esprit du groupe qui vient d'être neutralisé. Ce dernier peut se retrouver exclu par le groupe qu'il était censé incarner, ou bien c'est le troll qui subit ce sort, ce qui du point de vue du trollisme, est indifférent, l'important étant que la logique de conflit et d'affrontement l'ait emporté.

On peut rassembler, parmi les règles négatives, toute une série de comportement qui visent à définir un "préalable" à la discussion dont la vocation sera de se substituer à cette dernière. Les "préalabres efficaces doivent s'enraciner dans les préjugés profonds ou des aspects sensibles. Ceci comprend, bien-s?ur les insultes personnelles qui supposent une connaissance de la personne ou de sa vie en deçà du discours de son pseudo. Les échanges de mails personnels sont une matière première évidente qui va, chez le troll méchant jusqu'à la divulgation de ces échanges. Il s'agit également des attaques qui ne portent que sur la forme, qui permettent de s'éloigner facilement du sujet et d'en proposer un autre sous couvert d'illustrer cette forme. Cette structure rejoint la tradition rhétorique du sophisme.

L'effet de segmentation des groupe peut se faire par des méthodes apparemment plus conviviales. Ainsi, le private joke, qui rejoint la règle de savoir vivre ancienne condamnant les "messes basses" se présente comme une forme d'humour et de connivence, seulement compréhensible par un petit groupe de personnes qui se connaissent ou présentent des centres d'intérêts communs. Sur un blog, ces commentaires apparemment anodins, sont parmi les armes les plus efficaces du trollisme, leur caractère inoffensif donne lieu à une augmentation du nombre de commentaires sans rapport avec le sujet de la discussion, et une grande difficulté pour ceux qui voudraient y revenir, de le faire, au risque de "déranger" ou de sembler ridicule..

Un autre aspect négatif, qui peut encore apparaître comme un champs de recherche fondamentale, concerne les effets d'addiction produits par des manipulation d'ordre psychologique. Les techniques utilisées, comme les sous-entendus menaçants, les procès d'intention, la délation, la diffamation etc, produisent des effets de dépendance qui vont faire que la cible visée va devenir addict de ces impulsions nerveuses et conduire à des situations extrêmes d'auto-destruction chez les personnes fragiles.Au sens habituel du terme, la notion de dépendance est souvent utilisée dans le domaine médical, pour signifier l'état de besoin d'une personne, provoqué par l'utilisation régulière d'une substance qui ont ce pouvoir. Mais l'addiction peut porter sur un champ beaucoup plus large que celui des toxiques. L' Internet agit sur bon nombre d'utilisateurs, avec des effets plus profonds que la télévision. Là où la télévision, réductible à un loisir, alors que les activités du Net, comme celles qui se tissent dur un blog, sont perçues comme un processus de socialisation où le blogueur entre en interaction avec d'autres personnes, échange des points de vue et développant des affinités, et créant ainsi les conditions de sa propre vulnérabilité. L'effet de neutralisation d'un débat par certaine techniques peut ainsi rejoindre les effets de neutralisation plus globaux du Net sur certaines situations comme celles des No-life.