Par extension, le flooding dans la blogosphère, consiste à poster un très grand nombre de commentaires sur un fil, en utilisant un ou plusieurs pseudos, pour neutraliser une discussion, rendre un blog inutilisable, impraticable par les autres participants.

Souvent assez proche du trolling, cette démarche peut être agressive à l'égard des autres intervenants ou de l'auteur du billet, cherchant à générer des polémiques qui n'ont rien à voir avec le contenu du billet, elle peut aussi se faire par des messages dépourvus de sens, ou surchargés de sens, mais incompréhensibles pour les autres et répétitifs.

L'effet dissuasif du flooding est produit par le découragement ressenti par les commentateurs lorsqu'ils découvrent que des dizaines de commentaires vont séparer un échange. Le débat sur un blog est d'autant plus dynamique, comme sur un forum, qu'il permet de simuler une certaine spontanéité et rapidité dans les échanges. Le floodeur intervient progressivement. Il commence par des interventions qui portent sur les commentateurs plutôt que sur le contenu de leur commentaires. Il va ensuite se centrer sur son propre univers mental en essayant de chasser tout autre intervenant de cet espace de dialogue transformé en "bloghorrée".

Alors qu'on peut facilement neutraliser un troll, soit par l'action du groupe lui-même qui le neutralise, soit en bloquant ses IP, il est très difficile de bloquer un flooder car il a tendance, s'il est blacklisté sur son blog-cible, à faire monter la crue et à inonder, encore plus, les blogs des commentateurs qui réclament son retour sur le blog cible pour permettre une décrue. Le plus simple est, souvent, de réserver un billet pour le floodeur dans lequel il va pouvoir s'auto-noyer sous la myriade d' interventions de ses multiples pseudos.

Si le trolling représente un cas classique de "dynamique de groupe" dont l'objet principal est l'établissement d'un rapport de forces au sein d'une "institution" de discussion, le flooding apparait, lui, plutôt comme le symptôme individuel d'une crise interne au système d'information généré par le Net et la blogosphère. Il y a dans l'émergence d'un flux, devenu incontrôlable, d'informations, un effet particulier sur la formation du sens de ces interventions. Plusieurs éléments constitutifs de ce "sens" tendent à diminuer ou à disparaître en même temps que le processus mental, l'effort qui est déployé pour obtenir une information.

Les propos du flooding apparaissent comme dépourvu de sens parce qu'ils apportent une réponse (en forme d'information) à une question qui n'a pas été posée. Cette "inversion" : "Voici la réponse, quelle serait la question ?" modifie fondamentalement la logique de formation du sens. Elle mime en même temps, en la caricaturant, la faculté qu'offre le Net d'alimenter n'importe quel propos en références. C'est ainsi, principalement, dans la "disjonction" entre le texte et l'hypertexte que se joue la perte de sens liée au flooding.

(à suivre).