On ne peut, pourtant, nier le fait qu'il subsiste un véritable malaise, un mal-être aussi, dans le circuit littéraire. Les éditeurs, non seulement véhiculent l'image de commerciaux, mais le sont. Bien entendu. Les écrivains publiés sont, évidemment, des corrompus. S'il s'agit de femmes, il est de notoriété publique qu'elles se seraient mutés en décoratrice d'intérieur nocturne afin de mieux analyser le tissus du canapé de l'éditeur. Et lorsque nous évoquons les hommes, bah, ils sont copains comme cochon avec l'éditeur, ou bien ce dernier en a pour leur fric, ils sont publiés parce qu'ils sont acteurs, journalistes, présentateurs de télévision, ou encore, ils seraient ce pauvre malheureux qui aurait eu ses cinq enfants bouffés par un crocodile et sa femme par les cannibales.

C'est vrai quoi ! C'est connu maintenant ! On en a assez discuté ! D'ailleurs tous les blogs, la presse, même Assouline tapent sur le clou enfoncé jusqu'au cou.

En fait, ce n'est pas si simple pour un éditeur, figurez-vous. Oui, il aime les lettres, il en est amoureux, d'ailleurs il dort avec les manuscrits et ses livres, mais il doit aussi faire tourner la boîte, s'il veut continuer à se maintenir dans sa phase amoureuse.

Pour qu'une maison d'édition tourne, éditer des petits auteurs doués et inconnus est une chose, mais, sauf exception, ils ne rapporteront pas un kopeck.

L'éditeur, face à chaque manuscrit, se retrouvera devant des choix, souvent cornéliens; prenons l'exemple d'un éditeur qui, face à un manuscrit, se retrouve devant le dilemme suivant : le contenu du manuscrit l'attire, c'est exactement cela qu'il lui faut pour sa ligne éditoriale, l'auteur possède une certaine notoriété et sa personnalité est attractive, dans le vent, sur le surf de la vague. Par contre, le style, l'écriture, ce n'est vraiment pas au point, ouh là là que non !

Que fera l'éditeur selon vous ? Il espèrera que les critiques, provenant, soit d'un comité de lecture - des lecteurs avertis normalement -, soit de lui-même, permettront à cet auteur, pas très doué, mais avec de la suite dans les idées et à la personnalité atypique, d'accepter le deal suivant : on vous édite, pour les raisons évoquées, mais attendez-vous à devoir réécrire tout votre bouquin, avec, oui, nos conseils, si ça ne vous dérange pas trop, d'ailleurs vous n'avez pas le choix ...

Là, ce sera le jackpot : l'éditeur vendra, c'est certain, et l'auteur atteindra enfin cette place tant convoitée : être écrivain.

L'éditeur a-t-il franchi une ligne "déontologique" en se penchant d'abord sur la personnalité d'un auteur et du contenu de son texte, plutôt que sur la qualité de celui-ci ?

L'éditeur est-il corrompu parce qu'il ne voit, d'abord, que ce que cet auteur rapportera commercialement ?

Qu'aurait d? faire l'éditeur ? Laisser filer cette future pépite d'or, et ne se pencher que sur des textes à valeur s?ure, dont l'écriture, le style, bref tout ce qui trait à la belle littérature soit présent ?

É travers ce type de comportement éditorial, où ces choix cornéliens sont certainement plus fréquents qu'on ne le pense, une question sous-jacente, mais pourtant élémentaire, se pose :

Qu'est-ce que la littérature aujourd'hui, et comment la définit-t-on ?

On ne peut que conclure, en espérant que les éditeurs soient conscients de cette problématique, qu'eux-mêmes aient une certaine intégrité littéraire ou éditoriale qui ne leur fera pas éditer n'importe quoi, même s'il s'agit d'un quidam dans le vent qui ne sait pas écrire.

Je vous souhaite une excellente réflexion ;)"

Panthère, le Dimanche 28 mars 2010.