Azzeddine attaque par l'angle d'un personnage difficile à aborder en tant que femme : elle écrit à la première personne l'histoire de Paul, quatorze ans, qui raconte sa vie dans la cité. L'auteur perdurera dans cette signature qui lui est désormais particulière : une écriture sobre, vive, tranchée, et crue; c'est devenu sa griffe. Langage parlé qu'elle module sur l'âge du jeune garçon blanc. Peut-être que ce langage trop peu soutenu peut lasser à un moment donné, mais le roman n'en reste pas moins dynamique et aborde cette situation particulière de l'ambiance des banlieues avec un regard acéré.

Paul a une soeur qui se rêve noire et miss (univers ?), une mère à moitié handicapée qui passe son temps devant la teloche en visionnant des émissions de chiens écrasés qui l'a font pleurer, et un père... femme de ménage.

C'est la honte pour le gosse. Un père femme de ménage, rendez-vous compte ! Il le voit récurer les sols à quatre pattes - ça manque de hauteur tout ça - et n'en peux plus de ses blagues débiles et salaces que son père lui raconte en le bordant dans son lit.

Mais, le lecteur n'est pas au bout de ses peines lorsqu'il entend Paul lui dire qu'en plus de cela, il est moche. Oui, vraiment moche. A tel point qu'aucune fille ne veut de lui. Et lui, il ne rêve que d'une chose : baiser.

Deux fois la honte, deux fois plus d'énergie qu'il devra développer pour s'en sortir.

Je l'écoute le gosse. Il m'énerve un peu avec son langage un peu con. Mais en même temps, je m'attendris. Tous les soirs, lorsque son père lui demande de venir l'accompagner (pour faire le ménage dans la bibliothèque par exemple) Paul acquisse, suit son père, et l'aide. Je découvre que Paul aime les mots, qu'il profite de ses instants entre serpillière et torchons pour ouvrir un livre et retenir un mot (épousseter par exemple) par semaine. Et je constate que le langage de Paul est en réalité excellent : il s'exprime avec emphase lorsqu'il le veut bien, et lorsqu'il est énervé et qu'il a honte de son père, il lui parle comme un intellectuel. Ca me fait mal pour ce père, humble, simple, plein de bon sens, qui ne dit rien à son fils, parce qu'il ne le comprend pas.

Au fil des ménages que le duo accomplit les soirs, je pénètre peu à peu dans l'intimité qui se noue entre ce père et ce fils. L'émotion grandit entre ces deux hommes, ils apprennent à s'apprécier, à se connaître, à se parler pour s'aimer.

J'oubliais de vous présenter Priscilla : ravissante jeune fille qui fait fantasmer Paul comme vous ne pouvez pas imaginer. Mais elle appartient à un autre monde, les riches, pourtant ils sont amis. Grands amis ? Vous verrez bien.

Le roman possède surtout comme fond de toile cette relation père-fils, exprimée tantôt avec humour, tantôt crûment, ou encore avec pudeur et retenue. Pas un faux pas, ni trop, ni trop peu, Saphia Azzeddine présente au lecteur par touches successives l'amour naissant entre un père et un fils.

Superbe."

Panthère, le 13 mai 2010.

La prochaine note de lecture de Panthere sur son blog qui sera bientôt reprise ici est consacrée à Chroniques d'un adultère de Sarah Stern.