Rapidement, le lecteur se rendra compte de la tension que l'auteur injectera dans son personnage : un soir, lors d'un vernissage, Rosa rencontre Denis, un homme plutôt séduisant, enfin, un peu dragueur tout de même, mais elle, au lieu de lui parler avec retenue, se prend au jeu, reste un peu plus, bref, en d'autres mots, elle tombe sous le charme, et attend en trépignant que celui-ci lui fasse un signe dans les jours qui suivront. Cela ne tardera pas, le lendemain un mail arrive; fébrile, elle lit, répond le plus neutrement possible, lit et relit le mail de Denis, s'emballe. Les échanges mails s'amoncellent, les textos pointent le bout de leur nez, ils prennent rendez-vous.

Rosa Blum perd du poids, s'agite, réalise que son coeur bat tels ses premiers émois adolescents. Mais elle est mariée, que ce soit clair.

Ils tombent éperdument amoureux l'un de l'autre. Oui mais, il y a Jean, son mari qu'elle aime, même si la communication en ce moment entre eux s'effiloche. Et puis les enfants aussi. La culpabilité la ronge, les mensonges la détruisent. Elle l'aime, son Denis. Elle le rejoint, retourne chez elle, quitte Denis pendant plusieurs mois, tente de reconstruire avec son mari, reprend contact avec Denis, ils tombent dans les bras l'un de l'autre.

Ils s'épuisent. Elle s'épuise. Rosa n'en peux plus. Elle ne sait plus. Le lecteur suit pas à pas cette héroïne qui gère ses doutes comme elle peut, qui tente de surmonter ses faiblesses, qui est si forte en réalité, si lucide.

Elle est déchirée, Rosa Blum. Le lecteur a peur pour elle. Comment fait-elle pour tenir dans cet enfer de vies parallèles ?

On ne peut que lire avec respect ses phrases qui s'alignent avec pudeur et une si grande sensibilité; on ne peut que comprendre que Rosa n'arrive plus à concilier sa tête et son coeur.

On ne peut que lui souhaiter d'être heureuse, pleinement, car on s'est attaché à elle, et parfois, on voudrait la prendre dans nos bras et lui dire de se calmer, que tout va bien et que le bonheur l'attend là, pas si loin d'elle.

Sarah Stern aura réussi ce pari unique de décrire avec mesure et justesse la seule chose qui compte chez la femme : la plénitude."



Panthere, le 11 mai 2010