même y aurait-il, là, faute, il faut la laisser, et de laisser-passer où j'aimerais mourir, aussi bien il y aurait encore mon grand rêve blanc... des neiges éternelles, voyez-vous, les neiges... du Kilimandjaro, comme à me faire ce grand manteau, vous savez, celui de la chanson, les neiges qui à jamais, (les neiges) n'est-ce pas, résisteront, les neiges, au réchauffement de la Terre.

C'est ainsi que trois flocons d'hommes, trois hommes flocons éternels à ma rencontre, voltigent, trois blancs, marchent dans ma tête, dans ma maison, dans mon huître, dans ma nacre, trois flocons d'hommes, trois poètes, en effet, jamais égaillés, survivront.
C'est ainsi, oui
les neiges me sont blanc-berceau
où bientôt
je ferme les yeux

Ah, les flocons du Mécano. Qui se ressemble s'assemble. Ah, les flocons, mille petits lits blancs, les flocons. Ne se disloquent, les trois hommes. Ne se disséminent, les trois flocons. Un homme trois flocons. Un flocon trois hommes. Voilà ma carte d'identité personnelle trois-hommes-flocons, personalausweis qui agglomère, qui rassemble, qui agglutine, qui entasse trois-flocons-d'hommes, trois-poètes-non-dispersés. L'autre jouissance (même y aurait-il, là, faute, il faut la laisser) est de laisser-passer, ce qui n'est pas laissez-passer.

Mon laisser passer, le mien, est de faire place, de laisser passer le mot rien, faire de la place au mot rien, où déjà j'entends, par altération, mais de quoi, mon Dieu, de quelle altération malprécieuse, ce trouble dans ma tête, comme faire place au vaurien. Faire de la place au vaurien, aussi bien au plus simple, défendre... le plus doux des larrons qui déjà sur le bois... Non, ne pas corriger. Pas trop vite. C'est la grammaire qui dira pourquoi celui qui écrit que d'hommes se sont craints, déplus, détestés, nuis, haïs, succédés", commet trois fautes, et celui qui écrit que d'hommes se sont craint, déplu, détesté, nui, haï, succédé", en commet trois aussi. Il faudrait écrire que d'hommes se sont craints, avec un s, déplu, sans s, détestés, avec s, nui sans s, haïs, avec s, succédé, sans s. Et voilà l'académicien de préciser, oui, l'orthographe, oui actuelle, l'orthographe reste d'usage, et les recommandations du Conseil, le supérieur de la langue, la française, ne portent que sur des mots qui pourront être écrits de manière différente, sans constituer des incorrections, ni être considérés comme desâ?¦ fautes. Et voilà, me dis-je, mais pas depuis hier, en voilà, me dis-je, de la norme nouvelle, où se manifestera... l'aisance.
Trois flocons d'hommes

L'autre jouissance,

laisser passer le mot rien, l'oi/gnon, en son couteau de pierre, tourne autour, épluche vivement mes larmes-visage, devenir illisible comme rien, laisser faire le rien, comment comprendre, on me dit poète,

dans mon coin, je pleure, et je remarque tant de choses. Tourner le dos. Les hauts liens. L'amer de rien. Cher Mani, cher Toba rien ne répond plus, bah, c'est rien. Chez moi c'est toujours très petit, je l'ai dit, toujours très pauvre. Ne me parle pas d'amour, mon amour, quand le vieux connecté est en enfer. Rien. Lili Pot d'Chien, rien et va au Diable. Tout le rien, hier, pouffe de rire devant ma gueule, équimosée. Tout le rien ne me baume, ni ne me parfum, ne me chrême, ô, mes pieds, très frappés, très abîmés, oui, embaumer mes mains, non, je ne t'ai pas beaucoup péché, miettes de pain blanc, en souvenir de moi, le chat mange mon devenir illisible, mange comme rien, m'escamote mon rien de pierre, vole et prise plus tard, haut dans le jour, ma pierre, dans les serres de l'aigle,

et mentor,

Michaux n'est pas beau. Mouche miel ou chatte qui feint, mordant raisin, dit Norge, l'ami Géo, qui de fil en trope, zézaye et muscat, à tue-tête, ô la mort, oui, est une fête, au lieu dit seul des culs lacés. Renonculacés. Michaux n'est pas beau, chat botté, et de toutes ses pensées, d'être apprivoisé, ô que non, mai joli, ô mai, mi blanc chaud, l'autre Ami aimé, mi froid, Il le sait, la fine mouche, est déjà mariée. Curé. Michaux est beau, chapeau de son père, et pas melon, ô chat peu lié, qui à bon entendeur, Tu le sais, ne note jamais, au dedans, ni adresse ni nom. Couvre-chef. Michaux est beau, fleur d'hysope et persifleur, c'est trop tard, et son délice est de rêver. Chapelier. Michaux est beau, cheval, l'étincelle déjà n'est plus en selle, déjà repris, par le ciel, et Ancel aussi, visage l'Autre-Ami, toi, depuis longtemps, toi dans le néant d'une eau-nuit rencontrée, à Paris, toi sur toi le pont à peine mis déjà démis, recouvert, ô, à peine mis, déjà Celanseveli, poisson d'or en Seine. Trois flocons d'hommes. Bonhomme Neige. MichauxNorgeCelan.

On me dit Poète, je n'en crois rien."

Alain Baudemont. Sans mots dire, à paraître aux ELS dans la collection M@nuscrits.

Sur le site de Jean-Clet Martin, le 28 mai 2010.