La vie banale, paisible, sinon heureuse, d'un jeune professeur se lézarde peu à peu, se laisse lente- ment envahir par l'obsession, la fascination que le suicide lui inspire depuis que son père a perdu la vie dans un prétendu accident, dont il sait, lui, qu'il était volontaire.
Manon, depuis la puberté, subit le désir des garçons comme une violence, ne supporte pas son corps que les regards, puis une brutalité de plus en plus précise, souillent, avilissent. La mort lui paraît un refuge. Elle devient une de ces suicide girls qui traînent leur désespoir morbide, leur séduction trouble jusqu'aux limites du passage à l'acte, rêve unique de ces vies abîmées.
Les récits de ces deux destins alternent, progressent en parallèle, dans un effet de miroir, avant de se croiser comme le feu peut croiser la poudre ' avec des résultats similaires.

Égé de 35 ans, diplômé d'HEC, ancien attaché culturel à l'ambassade de France au Japon, Aymeric Patricot a abandonné sa carrière pour passer l'agrégation de lettres. Il enseigne le français dans un lycée de la banlieue parisienne. Il a publié son premier roman en 2006 : Azima la rouge (Flammarion).

Extrait

Elle s'était emparée d'une fourchette, un après-midi qu'elle passait avec sa mère, pour essayer de s'en percer le ventre. Mais les dents n'avaient pas crevé la peau. La mère avait attrapé le bras de sa fille, ce qui n'avait pas apaisé sa fureur. La fille devenait folle à l'idée de cette chose absurde qui était de ne même pas parvenir à mourir.
Et je riais d'écouter cette histoire. La fille riait aussi de me voir rire et nous étions là comme deux imbéciles qui ne voient plus de problème à rien, que plus rien ne touche sinon pour leur plaisir. Il y avait deux folies qui s'observaient, jumelles d'un enfer heureux : celle de cette fille qui me provoquait par sa nonchalance, et celle qui s'immisçait en moi par ces étourdissements de joie, cette conscience aiguë, virevoltante, que tout est possible.