Autre joie de ces jours de lecture': Cinéma & littérature le grand jeu. Ce n'est pas un de ces bateaux de plus sur la trahison de l'un par l'autre, «â?¯inadéquatâ?¯», est-il ici rappelé, mais la réflexion de vingt auteurs sous la direction de Jean Louis Leutrat sur les «â?¯empreintesâ?¯» laissées dans l'autre par un de ces «â?¯deux trains qui se croisent sans arrêtâ?¯». Ainsi, du sommet d'infidélité à une ?uvre (Madame Bovary de Flaubert) pour lequel on tint la Fille de Ryan de David Lean (1970), Jean Regazzi montre que «â?¯le film relève d'une forme d'anti-adaptation où les matériaux flaubertiens les plus prégnants sont aussi les plus disséminés et discretsâ?¯».

On ne peut tout citer, de ce qui est dit des rapports souterrains entre l'?uvre écrite de Camilo Castel Branco et les films d'Oliveira, entre les Lolita de Nabokov et Kubrick, des résurgences de l'?uvre d'Aragon chez le premier Godard, ou de ce qui passe de Georges Bataille dans Méditerranée de Jean-Daniel Pollet. Mais il est évident que, dans chaque cas, la réflexion s'ancre sur les spécificités de l'écrit et du filmé. Ainsi de ce qu'écrit Léa Nicolas-Teboul de la mise en scène par les Straub (Toute révolution est un coup de dés, 1977), de Jamais un coup de dés n'abolira le hasard de Mallarmé, où des récitants disent le poème au cimetière du Père-Lachaise, devant le mur des Fédérés': «â?¯La récitation est un acte de parole et c'est cela que filment les Straub.â?¯» É coup s?ur, un des textes les plus justes écrits sur leur travail. Pour finir, une citation de Rilke (dans le texte de Mireille-Calle Gruber) à propos de Cézanne': «â?¯Au lieu que le tableau dise 'j'aime cette chose', il dit 'la voici'. Chacun verra bien tout seul si je l'ai aimée.â?¯» Une règle d'or, appliquée dans ce livre et que tout critique, à sa petite mesure, devrait faire sienne.

Emile Breton, LE 28 juillet 2010