Au début on ne se méfie pas, on commence avec une voix familière, un trentenaire qui fait part d'un malaise raisonnable. Il ressasse la disparition suspecte d'un père rongé par ses contradictions, se dit parfois assailli par des images suicidaires, déplore sa relation compliquée avec la trop saine (?) Laurence, conscient de leur « parfaite inadéquation » ' relation tortueuse évoquée non sans subtilité et mélancolie sobre, à la manière d'un Benjamin Constant dans Adolphe. La structure du roman, fondée sur le principe de la double voix narrative, est toute aussi rassurante : une jeune femme, Manon, s'exprime parallèlement, évoquant sa sinistre trajectoire de fille trop désirée, meurtrie, violée, en guerre et en fuite. Cette seconde voix, plus juvénile, plus crue et moins réfléchie, complète parfaitement la première. On sait bien que ces deux solitaires sont appelés à se rencontrer un jour, pour le meilleur et pour le pire, l'angoissé et la cabossée, quelle belle idylle. D'ailleurs la 4? de couverture se fait fort de l'expliciter au cas où on serait étourdi, et de fait à la mi-roman, paf la rencontre. Bref, nous voilà en route pour du romantisme ténébreux, à coup s?ur Eros va encore se ruer sur Thanatos, et réciproquement.

Sauf que le malaise s'insinue très vite.

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