Cette irruption dans le monde de l'édition nous rappelle une autre jeune écrivaine : Faïza Guène qui, en 2004, au même ?ge, sortait son premier roman Kiffe Kiffe demain. La différence avec Faïza tient sans doute du milieu social dont elles sont issues. Myriam ne vient pas d'une cité sensible de la banlieue parisienne. Son style et son écriture prennent de la distance par rapport au français « djeune » qui imprègne les récits de son aînée.
On ne peut s'empêcher, non plus, de penser à une autre ?uvre sortie en 2005 : Paris, je t'aime. Le film éponyme était constitué de dix-huit histoires indépendantes, dix-huit histoires de rencontres à travers dix-huit quartiers de la capitale. Elles formaient les dix-huit courts métrages réalisés par autant de grands noms du cinéma mondial et interprétés par des acteurs de renom.
La jeune Myriam nous propose, elle, onze récits, avec un sens du marketing très vif pour son ?ge - à moins que l'idée du titre ne vienne de son éditeur - puisque la référence au film s'impose comme une évidence.

Un Paris mythique

Si Faïza Guène écrit la banlieue avec un langage urbain très familier, proche de l'oral, Myriam Thibault, elle, choisit un français beaucoup plus classique pour raconter son Paris intra-muros au décor chic et romantique. Les personnages qui peuplent les nouvelles sont fascinés par la beauté de la capitale, ses monuments, ses larges avenues, ses boutiques élégantes et ses restaurants co?teux.
L'autre caractéristique commune aux différents récits est l'immersion dans une atmosphère culturelle très parisienne qui participe à la constitution de ce Paris mythique: un univers brillant, moderne, médiatisé, peuplé d'écrivains et de chanteurs actuels.
Le quotidien est le nôtre: parsemé d'objets devenus en quelques années, indispensables ("J'ai assez de vêtements pour deux semaines, mon maillot de bain, une serviette, ma trousse de toilette, mes lunettes de soleil, cinq livres, quelques magazines, mon carnet d'adresses, des stylos, mon Ipod, mon appareil photo, mon ordinateur portable et les chargeurs de ces trois derniers, ainsi que que celui de mon téléphone portable, bien évidemment", p. 111).
Pour compléter cette photo de la société du début de XXIème siècle, il ne manquait plus que l'omniprésence des marques à la mode qui ont envahi notre vie. Myriam Thibault nous les sert à satiété. Dans quelques décennies, ce petit roman sera un précieux témoignage d'une facette de notre époque et d'un certain mode de vie que l'on appelle "bobo".

Les onze nouvelles nous étonnent par la grande maturité que dégage l'écriture de la très jeune Myriam Thibault. D'un style alerte, elle nous invite à suivre ses personnages, à travers Paris, et finit par nous faire tomber sous le charme de la ville lumière : "A la Défense, un groupe d'amis prend une photo sous l'araignée de Calder. A l'Olympia, un couple achète quatre places pour eux et leurs enfants, pour le spectacle de Gad Elmaleh six mois plus tard. Au Procope, un homme se prend pour Voltaire(â?¦) A la fondation Cartier, un groupe de touristes est en extase devant l'exposition de David Lynch. A l'espace Cardin, un célèbre acteur est en pleine répétition des lectures de textes de Céline et Barthes. Boulevard Saint-Germain, un groupe d'étudiants se dirige vers l'entrée de Sciences-Po. Au grand Palais, un défilé de mode est en pleine préparation. Devant Notre-Dame de Paris, des dizaines de pigeons regardent le ciel et les passants. Cimetière de Montparnasse, un homme pleure son frère. Sur les quais de Seine, un SDF court avec son chien. Au Ritz, un homme trompe sa femme. Au siège d'une grande chaîne de télévision, une femme se fait maquiller pour présenter le journal devant le pays. Éle Saint-Louis, un collectionneur vient de trouver un livre qu'il cherchait depuis des années(...) Au Sacré-Coeur, un jeune homme reste sans voix devant le panorama. Au cimetière du Père-Lachaise, une Anglaise embrasse la tombe d'Oscar Wilde. Sous la Tour Eiffel, une cinquantaine de touristes chinois ont la tête levée vers l'intérieur du monument (...) Aux Tuileries, deux amies dorment sous les arbres dans la pelouse. Au musée Grévin, deux soeurs posent avec Jean Reno..." (p. 124)

Il y a de quoi regretter d'habiter en province !

(Le français et vous n?8, septembre 2010)