C'est à Fontenay-aux-Roses, dans la baraque du vieil atrabilaire que, tel un chat de gouttière ou un chien perdu sans collier, Serge Koster va alors trouver refuge. Il s'étonne, lui le Juif d'origine polonaise qui ne supporte pas les animaux, de se sentir si bien dans l'oeuvre d'un « zool?tre compassionnel, judéophobe pacifique, misogyne sensuel, prosateur ennemi de l'art, dénigrant les stylistes qu'il révère, tels Racine et Proust ». Mais que va-t-il donc faire dans cette galère qui sent la crasse, la graisse, le pisse et qui prend l'eau ? C'est bien simple : il s'obstine à tenter d'établir des ressemblances avec son modèle, lequel s'était choisi lui-même Stendhal pour maître en égotisme.
Comme Léautaud, Koster est né pauvre et n'a jamais connu la fortune. « Lui, le Français de souche, s'est arrêté au certificat d'études et s'est astreint à gagner sa pitance dès l'?ge de 15 ans ; moi, le fils d'apatrides devant ma nationalité au droit du sol, j'ai poursuivi le cursus scolaire jusqu'à l'obtention de l'agrégation de grammaire à 26 ans, dont j'ai tiré mon métier et mon enthousiasme pour la mécanique de la langue. Un point commun : nous avons été chichement rémunérés, lui comme clerc d'avoué, puis employé du Mercure, moi comme fonctionnaire... » Quoi d'autre les unit ? le laconisme des auteurs « qui ne se vendent pas » ; la liberté d'être soi ; l'indifférence aux modes ; la propension à la solitude ; la passion de la littérature et la détestation de ceux qui en font profession.
De cette « confabulation » qu'il mène avec l'auteur du Petit Ami, dont il admire l'intégrité et envie la sagesse, Serge Koster a tiré son livre le plus personnel, émouvant et caustique. Il était temps. Mieux vaut Léautaud que jamais.