Raphaël Sorin, sur son blog :

Dans la hotte du père Sorin, je vous déconseille de glisser une cravate, un étui à cigares ou une Rolex. Un livre ferait l'affaire, à condition de le choisir judicieusement. Et vous aurez l'embarras du choix, en cherchant bien. Voici plusieurs suggestions :

Léautaud tel qu'en moi-même, de Serge Koster (Editions Léo Scheer).
« Je ne lis et relis que ça », me disait Reiser en montrant les volumes du Journal littéraire de Paul Léautaud. Son rat domestique grignotait un fil électrique tandis que nous partagions une admiration égale pour le misanthrope ami des bêtes. Son côté sexe, révélé par d'autres journaux et correspondances plus intimes, nous était inconnu mais il aurait plu au dessinateur génial qui, en douce, croquait des couples hystériques, avec minettes et épectases diverses.
Et j'avoue que je partage encore le credo de Léautaud : « Après le plaisir d'écrire, c'est bien ce qu'il y a de plus agréable au monde que de bouffer le cul de la femme qui plaît. » Je viens de le retrouver, tel quel, dans le livre que publie mon vieux camarade d'hypokh?gne de Louis-le-Grand, Koster. Agrégé de grammaire à la retraite, il joue au ping-pong avec Jerome Charyn, a publié des romans et des essais (sur Ponge, Tournier, Racine) et donne aussi dans la traduction d'auteurs latins à lire d'une main, Catulle et Martial.
Né de parents juifs polonais, admirateur de Proust, comment peut-il admirer à ce point un écrivain un tantinet antisémite ? C'est avec cette double contradiction qu'il vient d'écrire son meilleur ouvrage, en tissant à force de digressions savantes une sorte d'autobiographie, greffée sur l'?uvre de l'insupportable grincheux, de l'orphelin inconsolable, irréductible à sa façon.

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