É la mort de Claude Berri, son compagnon, le dernier nabab du cinéma français disparu en 2009, elle a ressenti un « immense vertige », elle a éprouvé la peur d'être à sec, « de ne plus y arriver ». Après le tendre hommage qu'elle lui a rendu, sobrement intitulé « Claude », elle s'est lancée à fond dans la première production, « sans lui », du film de Saphia Azzedine adapté de son roman, « Mon père est femme de ménage » (sortie le 13 avril 2011). Et elle a repris la plume pour un thriller mystique - « Car ceci est mon sang » - où elle alterne le « je » de l'écrit intime et le récit de genre, avec rebondissements mais sans « fioritures » : « Plus on est court, plus on est efficace », affirme-t-elle. Et il en faut de l'efficacité pour mêler sur plusieurs siècles le destin d'un ange incarné par un comédien qui est éducateur, une histoire d'amour pur, l'hérésie cathare et des recherches scientifiques sur la maladie d'Alzheimer.

Nathalie Rheims est partie d'une phrase, prononcée lors de la croisade contre les Cathares : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ». Ce fut le « premier fil », qu'elle a tiré. Un second : les travaux d'Antonio Damasio publiés chez Odile Jacob sur les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions. Le troisième, cette idée des hérétiques albigeois que le monde n'a pas été créé par Dieu mais par Satan, que « le monde du bien, celui de Dieu, est à côté du nôtre, mais nous ne pouvons ni le voir ni le connaître ». « J'ai eu une crise mystique, enfant », reconnaît-elle, « quand j'ai posé des questions à ma mère sur les petites filles qui, dans ma classe, faisaient leur communion, elle m'a adressé à ma Nanny qui était catholique et qui m'a enseigné ce qu'elle savait ». Si elle se définit comme « profondément juive », elle avoue une sensibilité au christianisme : « Si tout le monde avait comme moi, deux, trois ou quatre religions, il n'y aurait plus de guerre ! », s'exclame-t-elle. « La croyance, c'est une forme d'énergie du désespoir. Ce n'est pas d'être mortel qui est grave, c'est que les autres le soient », ajoute la fille de feu Maurice Rheims, le commissaire-priseur aux origines nancéiennes qui était membre de l'Académie française. Donc immortel : « Son fauteuil n'est toujours pas pourvu ! Ce sera peut-être le sujet de mon prochain livre. Je ne veux pas y voir un signe, mais c'est longâ?¦ », estime-t-elle. Le fauteuil 32 reste en effet vide : François Weyergans, élu le 26 mars 2009 à la suite du décès d'Alain Robbe-Grillet qui n'a jamais été intronisé officiellement sous la Coupole (il refusait de porter l'habit vert), n'a toujours pas rendu son discours de réception, qui devait être prononcé cet automneâ?¦ Nathalie Rheims qui, lors de ses voyages, visite autant les musées que les cimetières, partage le credo de ses personnages : « On est dans un monde rempli d'illusions ».

Michel VAGNER, le 12 décembre 2010.