Paris frivole, Paris conté, pari tenu. Et le pari est réussi haut la main. Une eau de rose revendiquée, un cliché affirmé, elle n'en doute pas. Mais derrière le parisianisme exacerbé du titre, des mots légers, mots qui flottent et atteignent presque toujours leur but.

« D'autres choses encore. D'autres désirs. Laissons-la rêver. Ce soir, c'était tout ce dont elle avait besoin. Et c'était aussi tout ce qu'il lui restait. Sa vie était en suspens. Seuls les rêves subsistaient. Les rêves d'une autre vie. » M.T.

Ce sont les histoires d'une jeune fille au trench rouge, d'un écrivain nihiliste, d'un Peter Doherty étrangement éthylique ou de retrouvailles Tuileriennes. Les mots sont rythmés par des airs de Damien Saez, Wax Taylor et autres Melody Gardot. Porté par une écriture envoutante, le bouquin est une écharpe en soie à mettre à son cou un soir d'hiver. A l'image du brillant melting-pot de courts métrages au même titre (co-réalisé par les Coen, Podalydès, Van Santâ?¦), Paris je t'aime n'a comme fil conducteur que l'amour épidermique que l'auteure porte à sa ville d'adoption.

« A Paris, la vie ne s'arrête jamais. »

Car rapidement, le livre agit tel un rideau, que le lecteur peut soulever à sa guise, pour l'apercevoir Elle, cette lycéenne Tourangelle amoureuse d'une ville qu'elle n'habite pas. Une presque-femme donc, véritable iconoclaste dans l'?me, qui teinte ses écrits d'un reproche fait aux Parisiens : Aimez votre ville comme j'aime l'aimer.

Myriam fredonne La superbe, de Biolay. Décidément, l'amoral est sauf.

Ecrivain depuis son plus jeune ?ge, on l'imagine quasiment rallumer une lampe torche sous les draps pour s'adonner à sa passion, inexpliquée et inexplicable. Avec la fougue d'un petit bout de femme, c'est après avoir dégusté, non sans plaisir, du Vian et du Besson, en passant par du Rey, qu'elle se décide à envoyer une nouvelle au monde de l'édition. La suite de l'histoire, Myriam est en train de la vivre.

« Jeune gourgandine, avant de te quitter et de partir tutoyer la fantaisie monochrome, une question nous br?le les lèvres et nous nous permettons de te la poser, à défaut d'avoir pu t'offrir un diabolo kiwi au café de Flore. Si tu devais organiser un apéritif dinatoire en y conviant cinq personnes, décédées ou non, connues ou non, scabreuses ou non, à qui enverrais-tu ces invitations ? »

« Frédéric Beigbeder (dont elle nous parle, toute pétillante et remuante), Serge Gainsbourg (imbibé ou pas), Michael Jackson (évidemment) et les frères Macé Dubois. »

La réponse est piquante, grinçante ; la verve est fourchue, l'encre a une voix. Myriam nous salue, et part rejoindre sa province natale, là où seul son c?ur continue d'étreindre les lumières germanopratines.

« Le vrai Parisien n'est pas né à Paris, il rêve de Paris. »

Disaitâ?¦ Inès de la Fressange. Et elle n'avait pas tout à fait tort.

Timothée et Alexandre Macé-Dubois, le 16 décembre 2010.