Le mikado est un jeu d'adresse où il s'agit de retirer, un à un, des b?tonnets jetés pêle-mêle sur une table, mais sans en faire bouger aucun autre.

Mikado, c'est le titre d'un intrigant premier roman signé Claire Berest.

L'un des protagonistes du livre s'adonne à ce passe-temps dans les cafés. Formidable mise en abyme : les baguettes de bois entremêlées sont à l'image des interrogations d'une jeune femme qui tombe dans les rets d'une passion morbide.

Les questions sur le désir tissent, avec les évènements de cette histoire de rencontre, l'intrigue du roman.

Paris, c'est les promesses et l'ennui. Étudiante à la Sorbonne, la narratrice a l'intuition du vide qui existe entre le réel et la sensibilité.

Elle erre de cours de lettres en bars de nuit. Un soir, d'une insomnie qu'elle ne parvient pas à dompter, elle échoue dans un troquet. Elle se lie avec un jeune homme.

L'amateur de mikado s'appelle Vincent. É part ça, elle ignore tout de lui, il ne donne pas grand-chose : il parle beaucoup, mais ne révèle rien. Parfois, il décroche un "sourire du cerveau", très intérieur, cynique.

Vincent squatte ici et là. Il débarque à n'importe quelle heure, impose les rendez-vous et ne prévient pas quand il repart.

L'héroïne, à qui il n'a jamais demandé son nom, se laisse, peu à peu, emporter par cette relation qui n'en est pas une.

Il insiste pour dormir chez elle, mais ne veut en aucun cas coucher avec elle. É quel jeu joue-t-il? La situation est malsaine, mais trop tard, le désir est là.

Enième caprice insensé : Vincent insiste pour lui présenter un ami très proche, Bataille, un type aisé qui fait des fêtes dans son appartement et br?le de l'y convier...

L'auteure, née en 1982, dépeint, avec toute la palette des sentiments contradictoires, les affres d'une période à vif - au sortir de l'adolescence et à l'aurée de l'?ge adulte - où l'autonomie intellectuelle ne va pas forcément de pair avec la maturité psychique et affective.

Tableaux ( les scènes de nuit ont quelque chose des ambiances d'Edward Hopper), scènes dialoguées, narration intime, Claire Berest use de moyens variés pour raconter les tribulations amoureuses de son héroïne. Entre moments de gr?ce et gaucheries (certaines ruptures de ton créent une dissonance triviale), ce premier roman possède, indéniablement, un rythme qui emporte le lecteur dans cette folle course vers l'abominable vérité.

Sean J. Rose, le 7 janvier 2011.