Grand entretien avec Gabriel Matzneff dans Vice à l'occasion de la parution des Émiles de Gab la Rafale.

Gabriel Matzneff
Entretien avec Julien Morel
Photo : Maciek Pozoga

C'est toujours un peu maladroit de présenter des gens nés cinquante ans avant soi, c'est pourquoi je vais essayer d'aller au plus simple ; Gabriel Matzneff est l'un des plus grands auteurs français vivants. En plus de cinquante années d'écriture, il a sorti une trentaine de livres, incluant des romans, des essais, l'intégralité de ses journaux intimes, divers récits et deux recueils de poèmes. É côté de ça, il a eu le temps d'écrire sur la politique (mais pas que) pour des journaux tels que Combat, Le Monde, La Revue littéraire, Le Figaro, L'Idiot international ou La Revue des deux mondes. Il a côtoyé des gens tels qu'Aragon, François Mauriac, François Mitterrand, Hergé (Matzneff est l'un des plus grands admirateurs de Tintin au monde), Cioran et Henry de Montherlant. Le CV de ce mec tend à peu près vers l'infini.
Au début des années 1980, il s'est fait connaître du grand public avec son roman phare, Ivre du vin perdu. C'est notamment à cause de celui-ci que les médias bien-pensants se sont penchés sur son cas et sont allés fouiner dans l'?uvre de notre dandy libertin orthodoxe. Ils y ont repêché son pamphlet en faveur du troisième sexe, Les Moins de seize ans, qu'il avait écrit sept ans plus tôt et qui lui a valu plein d'horribles choses comme être insulté par l'ensemble de la profession, devoir s'expliquer avec des flics stupides et être considéré (à tort) comme un satyre. Voilà ce qu'on risque quand on sort des bouquins géniaux dans lesquels on parle en toute honnêteté de sa vie amoureuse.
Après environ trente coups de fil à sa maison d'édition, 140 heures passées à lire ses bouquins et deux reports d'interview, on a réussi à fixer un rendez-vous avec ce grand monsieur de 74 ans. Il nous attendait dans un café de la rive gauche, à quelques minutes de chez lui. Quand on est arrivés, il venait de commander un thé.

Gabriel Matzneff : J'ai beaucoup vécu en Asie, et dans des pays arabes où l'on fait également un très bon thé. J'ai vécu en Italie et je me suis habitué au café napolitain qui est le meilleur du monde. Le café parisien est effrayant. C'est assez mystérieux d'ailleurs, je ne me l'explique pas car souvent le café est italien et les machines sont italiennes. Ils n'ont juste pas le tour de main des garçons de café italiens en général et napolitains en particulier. C'est de l'or qui vous descend en quelques gouttes. Pour ce qui est des cafés parisiens, il y a quand même des exceptions. Il y a un café qui a ouvert près de Beaubourg récemment, et on y fait du très bon thé.
Vice : Vous revenez d'Italie, vous y êtes resté longtemps ?
J'y vais souvent, d'ailleurs j'y repars la semaine prochaine. J'adore voyager, j'ai toujours aimé sauter dans un train, dans un avion, dans un bateauâ?¦ J'aime bouger. J'adore Paris, à condition de le quitter souvent.

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