FANTÉMETTE É L'ACADÉMIE.

Nathalie Rheims rend hommage à son père et dévoile les coulisses du Quai Conti.

"Il fallait à tout prix, explique Nathalie Rheims, que ce livre paraisse avant le 16 juin."

Parce que c'est ce jour là, en principe, que l'imprévisible François Weyergans, élu à l'Académie Française en mars 2009, doit prononcer l'éloge traditionnel et obligatoire de son prédécesseur.

En l'occurence Alain Robbe-Grillet, élu lui aussi, mais dont les caprices de vieil enfant g?té alliés à ceux du destin - le "pape du nouveau roman" est mort en février 2008 - ont voulu qu'il n'ait jamais été reçu officiellement sous la Coupole du Quai Conti, n'y ait jamais siégé, ni donc pu prononcer l'éloge de l'Immortel qui l'avait précédé à son fauteuil, le 32. Un certain Maurice Rheims.

François weyergans est censé rattraper enfin ces loupés, et faire le double éloge de ses devanciers. Exercice de haute voltige dont notre homme est bien capable, qui aurait fait savoir son intention de traiter Maurice Rheims comme "un personnage de fiction".

Il est capable aussi de venir en baskets, de ne pas venir du tout, ou de parler de tout autre chose. On se souvient encore des circonstances rocambolesques dans lesquelles son Goncourt lui a été attribué.

Weyergans - et c'est ce qui fait ce charme dont il joue depuis tant d'années - est un être à part, absolument ingérable.

Ce charme, apparemment, n'opère guère sur Nathalie Rheims, laquelle, certes, n'a aucun droit héréditaire sur le fauteuil paternel, ni le pouvoir de "faire" ou "défaire" tel ou tel candidat. Quoique...

De toute façon, pour cette fois, c'est trop tard. En revanche, elle souhaiterait, par respect pour son père, que cette affaire académique soit enfin réglée dans le respect de la tradition. Sinon, pourquoi se porter candidat et se laisser élire?

Toute cette histoire a donc inspiré à Nathalie Rheims un de ces jolis romans dont elle a le secret, où elle mêle habilement dans son chaudron de sorcière la réalité avec la fiction.

On peut le lire comme un roman à clefs, plein d'anecdotes drôles et vachardes, de pseudonymes plus ou moins cryptés (François Nourissier est Grand Manitou, Michel Mohrt devient Vivand, Robbe-Grillet s'appelle Roudéanou et François Weyergans, Simon Sonnay...), et satire de quelques pratiques peu orthodoxes pour devenir académicien.

Quelques dentiers vont grincer sous la Coupole! Mais Nathalie Rheims, sale gamine, l'a fait exprès. Et puis, celui qu'elle appelle tendrement Maurice doit bien rigoler de là où il est.

Car la deuxième intrigue du livre, bien dans la manière de la romancière du Cercle de Megiddo (Léo Scheer 2005), consiste dans la quête ésotérique du manuscrit d'un roman inédit de Gaston Leroux, Le Fauteuil hanté, ou même de quatre manuscrits.

Ceci fait, Nathalie parviendra à délivrer Maurice de la malédiction qui le frappe : être un revenant qui n'apparaît qu'à elle, et uniquement dans son fauteuil 32.

Cet ennuyeux karma devrait cesser le jour où le siège sera dignement occupé, les m?nes de tout le monde apaisés.

Il y a bien une autre solution : et si Nathalie Rheims elle-même se présentait? Le vert lui siérait bien, et elle saurait s?urement se servir de son épée.

Jean-Claude Perrier, le 20 mai 2011.