Le jeudi 2 juin 2011, dans sa rubrique "On achève bien d'imprimer" pour LIBÉRATION, Édouard Launet emboîte le pas de Gaston Leroux (Le fauteuil hanté) et de Nathalie Rheims (Le Fantôme du fauteuil 32) avec un ultime rebondissement.

ENTRE ICI MON FIFI.

Le 16 juin, François Weyergans sera reçu sous la Coupole. Comme le veut la règle, le nouvel académicien a été convié à l'Élysée par le président de la République, "protecteur" de la Compagnie. L'entretien a eu lieu lundi. Il a été bref.

Nicolas Sarkozy : Entre François. Pose-toi sur le fauteuil là. J'en ai juste pour une minute, deux ou trois conneries à signer et je suis à toi. Tu veux un Coca Zéro ?

François Weyergans : Non merci, monsieur le Présid...

N.S. (le coupant) : Appelle moi Nico. Détends-toi. Respire. Tu sais que t'es un peu verd?tre ? (Sarkozy regarde Weyergans d'un air inquiet, puis il lui tend une des feuilles qu'il vient de parapher). Jette un oeil là-dessus, ça va te faire rigoler : c'est une convention d'échanges culturels avec les îles Fidji. Je fais vraiment un boulot à la con !

Le président pose son Mont-Blanc, appuie son menton sur ses deux mains réunies et plonge son regard dans celui de Carla, dont une photo trône sur le bureau dans un cadre argenté.

N.S. : Bon alors comme ça tu veux aller chez les croutons ? C'est quoi l'idée ?

F.W. : Eh bien, monsieur le Prés...

N.S. : Nico.

F.W. : Pardon. Pour moi comme pour tout écrivain de langue française, l'Académie est évidemment un symbole de ...

Le téléphone sonne. Le Président décroche.

N.S. : What's the fuck ! (Imitant Robert de Niro) You're talking to me ? Bon, Christine, j'ai pas le temps là, j'ai du monde. A plus. (A Weyergans) C'était Lagarde, elle me donne des cours d'anglais par téléphone. Tu disais ?

F.W. : Je disais que pour tout écrivain, l'Académie est...

N.S. (le coupant) : ...un truc super gavant. Je le sais, je me suis tapé la réception de Simone Veil sous la Coupole.

(Nicolas Sarkozy se lève brusquement et se met à déclamer)

N.S. : Protéger l'Institut de France, c'est protéger l'héritage moral de ce pays et c'est résister, mes chers compatriotes, à la dictature du présent, à la dictature de l'immédiat et, oserais-je dire, à la dictature de l'interchangeable où tout se vaut, où rien ne se mérite plus. Et bla-bla-bla. Qu'est-ce que tu fais samedi ? Avec Carla, on organise un barbecue à la Lanterne. Si ça te dis, viens avec ta, ou ton, enfin viens avec qui tu veux. Tiens, viens avec ton éditeur ! C'est qui ton éditeur ?

F.W. : Olivier Nora.

N.S. : Ah non, laisse tomber, il va nous plomber la soirée. Viens plutôt avec Jean-Luc Delarue. Comment il va, Sniffy ? Vous êtes encore copains ?

F.W. : Je ne l'ai pas vu depuis deux ans.

N.S. : Tu travailles sur quoi en ce moment ? Tu fais toujours des livres, hein ?

F.W. : Actuellement j'écris une grande saga qui se déroule entre Dubrovnik et Knokke-le Zoure. Cela débute en 1875 au moment où Zaslaski fonde à Odessa l'Union des ouvriers de la Russie méridionale, l'hiver est rude, la neige est abondante et ...

N.S. (se levant) : C'est gentil d'être passé. On se voit samedi, mon grand ?

Édouard Launet, le 2 juin 2011.