Académie française : maudit fauteuil 32...

L'écrivain François Weyergans, Prix Goncourt 2005, accédera aujourd'hui au fauteuil 32 de la Coupole. Un auguste siège poursuivi par une étrange malédictioN. Bon, dès cette nuit, si un nouveau coup du sort ne vient pas g?cher la fête, l'académicien Maurice Rheims, décédé le 6 mars 2003 à l'?ge de 93 ans, va enfin pouvoir dormir sur ses deux oreilles.

Voilà huit ans que le grand historien d'art et écrivain (La Main, La Vie étrange des objets) a le sommeil contrarié. Un immortel ' surnom des membres de l'Académie française ', en effet, ne peut correctement reposer que si son fauteuil est occupé. Or le sien, le 32e sur les 40 de la docte assemblée, est vacant depuis sa mortâ?¦

Il revient à François Weyergans, 69 ans, Prix Goncourt surprise en 2005 pour « Trois Jours chez ma mère », de relever le gant. Sur son épée d'académicien, héritée de Maurice Béjart, l'écrivain franco-belge a fait graver une maxime vertigineuse : « Plus je pense, plus je pense. » Il y a de quoi penser en effetâ?¦

Le 32e fauteuil, objet d'une étrange malédiction, n'est pas un siège comme les autres. Ses occupants y sont morts plus souvent qu'à leur tour. L'un d'eux, Louis-Simon Auger, a même choisi la passerelle des Arts, qui donne sur la Coupole, pour se jeter dans la Seine en 1827.

Cette scoumoune historico-littéraire a fini par inspirer en 1909 à Gaston Leroux ' auteur du « Mystère de la chambre jaune » ' un roman mi-polar, mi-fantastique dans lequel un certain Gaspard Lalouette, marchand d'art de son état, mène une enquête fouillée sur ces drames en rafales. Là-dessus, Leroux a rendu l'?me à son tour. Sans que cesse la série noire.

Le prédécesseur de Maurice Rheims, Robert Aron, est mort cinq jours avant de s'installer au fauteuil 32. Puis Alain Robbe-Grillet, élu en 2004, fit tourner en bourrique Mme le secrétaire perpétuel, Hélène Carrère d'Encausse, en refusant tout : porter le costume et écrire le traditionnel discours en l'honneur du disparu. Jusqu'à ce que, en février 2008, son intronisation approchant, le pape du nouveau roman disparaisse à son tourâ?¦

A qui, dès lors, ce siège éjectable? Planqué dans le peloton des prétendants, François Weyergans envoya une rafale de lettres à ses futurs pairs de l'Académie et enleva le job en 2009. Là-dessus, plus de nouvelles. Au point que la secrétaire perpétuelle lui imposa un ultimatum : Weyergans avait jusqu'au 16 juin pour rendre sa copieâ?¦

Passablement agacée elle aussi, Nathalie Rheims, fille de Maurice, vient de signer, sur cette histoire qui dépasse la fiction, un roman* à la fois très documenté et très amusant qui reprend toute l'affaire en décryptant « Le Fauteuil hanté » de Gaston Leroux. Il y est à peine fait mention du costume que portera le nouvel immortel. Et pour cause : signé de la couturière Agnès b., il n'était pas fini hier.

Là, c'est du pur Weyergans et il n'y a pas mort d'homme.

Pierre Vavasseur, le 16 juin 2011.