C.M. : D'où est venue l'idée de cette fable d'un patron parisien à deux doigts de tout abandonner pour devenir gourou en Inde ?

C.de C. :Du séjour spirituel que ma mère a effectué en Inde alors que j'étais en pension chez des religieuses. Le sujet m'intéresse donc depuis longtemps, mais je voulais l'aborder sous une forme originale à travers un récit qui mêle comédie et suspense, sans esprit autobiographique. Ce n'est ni une immersion mystique dans l'univers du bouddhisme ni les Bronzés chez les gourous. Un peu à mi-chemin...

C.M. : On a le sentiment que cette quête est traitée avec une certaine dérision...

C'est plus tendre que moqueur. Je voulais surtout raconter une histoire qui captive les gens. Beaumarchais disait qu'on ne parlait bien de choses sérieuses qu'en en riant.

C.M. : On ne va pas vous reprocher de faire de la pub aux sectes ?

C.de C. : En Inde, gourou est un terme sanskrit qui signifie précepteur, guide, maître. Il est à la base de la tradition de transmission spirituelle. Au-delà de l'intrigue, le livre est une réflexion sur tous ces gens qui vont puiser un peu de sagesse en Orient.

C.M. : Vous pourriez vous-même vous couper du monde ?

C.de C. : Vous savez, lorsque vous passez une partie de l'hiver à Casabianca au c?ur de la Castagniccia, le sentiment d'isolement peut être comparable à celui d'un monastère indien...

C.M. : Les critiques ont écrit que vous étiez visionnaire...

C.de C. : Parce que l'idée d'une vache génétiquement modifiée pour faire du lait maternel est devenue une réalité après la sortie du livre. Des chercheurs argentins ont fait le même type de découverte.

Leur vache s'appelle Rosita et la mienne Carlotta. Il arrive que la fiction précède la réalité mais ce n'est pas nouveau. Jules Verne en est le meilleur exemple.

C.M. : Dans le livre, les personnages aspirent à trouver la « lumière bleue ». Quelle est votre lumière bleue ?

C.de C. : Elle est plus charnelle que spirituelle puisqu'il s'agit du sentiment amoureux. Et c'est une flamme fragile qu'il faut entretenir.

C.M. : Vous naviguez entre cinéma et littérature. Un choix délibéré ?

C.de C. : Le cinéma comme le roman me permettent de raconter des histoires et c'est ce que j'aime faire. Le livre touche un public très différent avec lequel les relations sont beaucoup plus directes et personnelles. Mais les passerelles existent puisque j'ai déjà reçu une offre pour une adaptation de Gourou à l'écran.

C.M. : Votre père, Alain Cavalier, a suscité une des grandes sensations du dernier Festival de Cannes avec Pater, une fiction politique. Vous travailleriez encore avec lui ?

C.de C. : J'ai aimé le film, mais je ne suis pas en mesure de répondre. Le premier scénario que j'ai écrit pour lui, Un étrange voyage, dans lequel je joue aux côtés de Jean Rochefort, date de trente ans. Chacun a son parcours...

C.M. : Pourquoi avoir réalisé un documentaire sur la naissance du NPA d'Olivier Besancenot ?

C.de C. : Parce que j'étais attirée par ces gens sympathiques, écolos, ouvriers, beurs, qui rêvent d'une société où l'argent n'est plus roi. C'était une très belle expérience humaine qui ne m'aurait sans doute pas été accessible avec un autre parti politique.



La caméra peut être un instrument redoutable, mais la vérité fait partie de leur credo. Mon regard était à la fois celui de la bienveillance et de l'humour, dans le ton de tout mon travail de création.

C.M. : Vous restez une militante dans l'?me ?

C.de C. : Mon militantisme s'exprime à travers les livres et les films. Je suis engagée mais pas sectaire.

C.M. : Vous avez des projets ?

C.de C. : D'autres livres, et j'espère tourner un long-métrage à la fin de l'année, une comédie très contemporaine. Mais je n'en dirais pas davantage car je suis superstitieuse.

propos recueillis par JEAN-MARC RAFFAELLI, le 29 juin 2011.