Renaud Czarnes: ''Un passant ordinaire'' à la Musicalame à Lyon, 16 rue Pizay le mercredi 6 juillet à 19h30

C'est toujours très agréable de lire un livre avec lequel on se sent immédiatement familier. Même quand tout vous sépare du personnage principal et des secondaires. Même quand vous n'habitez pas l'endroit où cela se passe. Même quand rien dans l'histoire ne ressemble à votre propre vie...

Mais ce sourire qui pointe régulièrement pendant la lecture. Sourire au livre, en tête à tête avec lui, dans l'intimité de la lecture, sourire complice à l'auteur inconnu. Et ces éclats de rire aussi solitaires que sonores. Et par moment l'envie de ressortir du lit pour aller mettre sur la platine le disque dont il est question, là, à cette page. Celui de la précédente aussi puisque je suis debout.

Calude est un grand gamin pas totalement sorti de l'adolescence, RMIste un peu glandeur, batteur amateur très amateur de jazz, étudiant dilettante qui procrastine depuis 10 ans autour d'une thèse inachevée sur Les femmes et le discours sur le sexe dans l'oeuvre de Louis-Ferdinand Céline! Pour boucler ses fins de mois, il rédige quelques chroniques de jazz dans des journaux féminins et surtout, il s'initie à la triperie rue Lepic dans l'échoppe de Rosamonde qui n'a pas sa pareille pour sélectionner les abats sur le marché de Rungis. Côme, son vieux voisin retraité du CNRS, 80 ans au compteur et toujours allant, lui sert de confident. Le samedi matin, il installe sa batterie dans la rue et massacre des standards avec quelques copains et son ami contrebassiste Très-Cher-Zut (qui ne dit jamais de gros mots), puis partage la quête autour d'un apéro.

Existence tranquille, ni vibrante ni triste, nourrie de foie de veau, de musique et de menus plaisirs. On rit beaucoup à partager le quotidien de ce grand con, l'écriture de Renaud Czarnes distillant un humour délicieux. On y retrouve plein de choses connues, de gens déjà vus, de situations cocasses mais si réalistes.

L'arrivée de Zoé dans l'immeuble bouleverse cet équilibre. Bien s?ur qu'il tombe amoureux. Bien s?ur. L'arrivée de Zoé dans l'immeuble bouleverse cet équilibre. Bien s?ur qu'il tombe amoureux. Bien s?ur.Soudain, bien calé dans les oreillers, le sourire du lecteur tourne au jaune. L'empathie avec Calude ne peut que nous amener à nous poser quelques questions, non pas sur le est-ce que ça m'arrivera? mais plutôt comment le vivrai-je quand ce sera mon tour?.

On ne saura pas comment s'en sort Calude. L'important n'est pas là. L'important, c'est que soudain, l'urgence de la vie l'aura mis en mouvement : pour terminer sa thèse, pour aimer Zoé, pour se rapprocher de ses amis, pour... VIVRE !