Toujours le rythme
Un jour, tout bascule, tout chavire. Ici, pas de descente aux enfers, mais le parcours d'un homme qui va se mettre en mouvement. Progressivement, au rythme du jazz, omniprésent, avec Patricia Barber, The bad Plus, Mark Murphy... et Aka Moon, une sorte de power trio jazz furieux, dont la musique vous met sens dessus dessous.
L'idée de ce roman, Renaud Czarnes l'a eue à l'?ge de 20 ans. Une réponse à un questionnement qui l'obsède. Quelques années plus tard, son père meurt. Cancer du poumon. Puis arrive la vie de famille, qui vient casser le rythme. Le roman reste en jachère. Certes, Renaud rédige encore, mais c'est pour signer dans la presse des papiers sur l'économie, la culture, la politique, la gauche française... Ah, les péripéties des congrès socialistes!, soupire-t-il. Ses articles, il les écrit en musique. Quand il faut aller vite, je n'hésite pas à me mettre du hard rock dans les oreilles... Et il publie toujours des chroniques sur le jazz. Pour un album de jazz, il faut compter au moins trois heures de travail. Ce n'est pas du Benjamin Biolay... Qu'on se le dise... la chanson française, c'est pas son rayon. Ou alors, Murat, Dominique A, Marcel Kanche. Et les anciens, Brassens, Ferrat. Et Bashung! Il est mort pendant la rédaction de ce livre. J'ai écouté toute la journée, en boucle, La nuit je mens...

Du jazz aux tripes

Passionné de photo - son premier salaire lui a permis d'acheter un Nikon -, Renaud Czarnes aime saisir par-dessus tout les ambiances baroques. Dans Un passant ordinaire, le lecteur est servi. L'auteur garde un souvenir intact de ses visites, à 4 heures du matin, au marché de Rungis. Un spectacle incroyable. En fait, il y a moins de sang dans un bloc opératoire. J'avais besoin de plonger dans cet univers où des hommes en blouse blanche vendent du foie, des rognons. Et la crépine... Un avant-go?t d'Halloween. En 26 ans de maturation du livre, certains personnages ont quitté le récit.
D'autres ont m?uri, gagnant en épaisseur. J'ai gardé Côme, le vieux voisin de palier. Dans ma vie, beaucoup de personnes ?gées m'ont accompagné. Et j'en ai accompagné beaucoup. Le plus loin possible. Et il y a MonMonde, qui fait revivre l'histoire d'un quartier et qui devient le témoin d'une profession sinistrée. Tiens, viens travailler à la triperie le jour de la Saint-Valentin, tu verras les vraies femmes amoureuses!, lance-t-elle à Claude. Préparer une tête de veau ou des rognons quand ça te dégo?te, c'est quand même une preuve d'amour plus forte que celle de leur bonhomme qui fait la queue chez le fleuriste! On veut bien la croire. Cette vraie femme amoureuse, attendue, inespérée, Calude la trouvera. Dans son immeuble. Sans bouger. Puis la vie va faire son oeuvre.