Frédéric Vitoux fait patte de velour.

Quand le spécialiste des chats s'intéresse à l'auteur des Rats, cela donne quelque chose de félin.

On veut dire par là que la souplesse du style s'accorde avec ce sentiment étrange qui taraude l'écrivain jusqu'au plus profond de lui.

Le plus surprenant, c'est que Bernard Frank, disparu en 2006, était un chat. L'aveu émane de Frédéric Vitoux, académicien plus vert que ses camarades de la Coupole, auteur d'un hommage qui évite la pommade et la brosse à reluire.

Le livre de Vitoux joue de l'estompe et de l'estampe, du br?lant et du glacé. Un mystère p?tissier qui nous entraîne vers une gastronomie astronomique : celle du sens - et parfois des sens -.

Vitoux excelle dans l'estime, une denrée rare qui trouve ses fondations dans le respect et l'admiration. On s'aperçoit que Frank, journaliste et romancier, avait de la tenue. Cavalier, intempérant, bougon, moqueur, il écrivait avant tout, plus concerné par la gaucherie que par la gauche (malgré les années Sartre).

Buveur et faux indifférent, le passant du sans-souci était un stoïcien de l'épicurisme. Son écriture jaillissait telle une source de Chambertin. Mort à 77 ans, comme un Tintin qui aurait fait de sa vie une encyclopédie pleine de gr?ce, de soupirs, de grognements, de chroniques, de Mouton Rothschild et de désenchantement.

Il reste pour tout le monde ce grand écrivain qui n'a jamais écrit un grand livre. Vitoux raconte les anecdotes, l'aplomb de ce jeune homme qui tapait Sartre et allumait la vie comme une cigarette. Avec une formidable qualité : ne pas parler de ce dont on ne sait rien. Il décrit un Bernard Frank à la fois ogre et chat botté. Un conte à lui seul.

François Cérésa, le 11 ao?t 2011.