Ce qui nous donne, presque mathématiquement et mutatis mutandis comme on dit, dans la version Lardreau : Nicolas Pétrovitch, petit comptable parisien dans une fédération sportive, se prend pour Spiderman (Fabrice Lardreau est par ailleurs un alpiniste chevronné, l'altitude c'est son kif). Du coup, la description minutieuse de la vie du comptable, qui donne à voir toute une société souterraine (métro, boulot, dodo), bascule à tout moment dans une vision fantastique que Lardreau, un peu comme Gogol, semble à peine maîtriser. Voici Pétrovitch à l'école des super-héros. Voici Pétrovitch au journal de 20 heures. Voici Pétrovitch à l'Elysée en train de rencontrer un autre Nicolas. Voici Pétrovitch dans un super-caca.
Bref, le programme du Manteau (divorce entre les apparences, le rêve et la réalité, jusqu'au fantastique) est donc réactualisé ici, sans se moucher ni se hausser particulièrement du col, genre « regardez comme je suis cultivé », gr?ce la friction et la guerre froide en permanence entre culture « populaire » et culture « haute », soit la bande dessinée américaine et la littérature russe. Un certain Pétrovitch c'est Marvel contre Gogol, mais tout contre, et pour ainsi dire avec. Mais ça marche quand même à l'ancienneté : à la fin du conte, c'est moins de voir (ou revoir) Spiderman II qu'on a envie, que de lire (ou relire) tout Gogol.