Myriam, 18 ans, "ado normale et hors norme", publie son deuxième livre

"Je m'étais lancé le défi de publier mon premier livre avant mes 18 ans", explique Myriam Thibault. Le 21 septembre, deux semaines après sa majorité, cette Tourangelle, benjamine de la rentrée littéraire, publie chez Léo Scheer son deuxième ouvrage, et premier roman.

Pour autant, "je suis une ado normale", jure la discrète jeune fille brune. "Je suis juste hors norme pour la lecture, je lis six à sept romans par mois en moyenne".

De la littérature contemporaine, "les classiques m'ennuient un peu". Parmi ses auteurs de prédilection, Frédéric Beigbeder, Thomas Lélu, David Foenkinos. Elle cite aussi Boris Bergmann -"qui a publié son premier livre à 16 ans, un déclic pour moi"- ou un autre phénomène de précocité, Françoise Sagan.

Fille unique d'un cadre et d'une femme au foyer, Myriam Thibault écrit "à temps perdu". Elle vit avec ses parents dans une grande maison cossue au centre de Luynes, près de Tours. Coiffure sage, tenue sage, vie sage. Myriam joue de la fl?te et du piano. Elle adore Benjamin Biolay, Arthur H, le jazz...

Elle a passé cette année son bac ES (mention AB) dans un lycée privé de Tours. Un carton en français ? "Euh, je me suis un peu plantée", sourit-elle. 8 à l'oral, 13 à l'écrit.

Myriam Thibault adore les phrases courtes, un style direct, moderne, voire "branché". Elle traite des thèmes "à la mode", plutôt légers: l'amour de Paris (pour son recueil de nouvelles "Paris je t'aime" chez Léo Scheer), ou l'univers impitoyable des milieux branchés parisiens et ses relations humaines faussées pour "Orgueil et désir", son nouveau roman qui paraît le 21 septembre.

Myriam Thibault le reconnaît sans fausse pudeur: elle a joué sur son ?ge comme d'un "argument marketing". "Je pense que si je n'avais pas donné mon ?ge, Léo Scheer ne m'aurait pas demandé d'envoyer mes nouvelles", dit-elle.

Sur le blog de la maison d'édition, certains internautes ont critiqué la "fadeur" ou "les clichés" de la jeune écrivaine. Le magazine Elle décèle un talent naissant mais juge que le "ton innocent trahit la provinciale en quête d'évasion dans la capitale". Léo Scheer, lui, défend le "petit ton frais et nouveau" de sa protégée.

La jeune fille a commencé à trouver un public: "Paris je t'aime" s'est vendu à 1.500 exemplaires. Un résultat honorable pour un premier ouvrage selon Leo Scheer.

Myriam Thibault ne ménage pas ses efforts pour aider à "vendre" son roman: courriels aux librairies pour organiser des dédicaces, aux salons du livre...

Un quasi-anonymat aux antipodes de l'autre "jeune prodige" de cette rentrée, Marien Defalvard, 19 ans. Son premier roman, "Du temps qu'on existait" (Grasset), fait déjà le "buzz". A l'instar de la plupart des grands médias, Télérama salue le roman "parfois insupportable, souvent audacieux" d'un "dandy proustien". Les jurys des prix Renaudot et Flore l'ont retenu dans leur première sélection.

Loin de ce tourbillon médiatique, Myriam Thibault entamera, quelques jours après la sortie d'"Orgueil et désir", une licence de lettres modernes appliquées à la Sorbonne à Paris.

En vue d'une carrière d'écrivain ? "J'en rêve bien sœur, mais c'est trop aléatoire". Il lui faudra donc bien se trouver un gagne-pain. "J'aimerais travailler dans l'édition, et rédiger des chroniques dans des magazines".

Un troisième roman est en gestation. Sa rédaction n'a pas commencé. "Je commence à rédiger puis les personnages me guident. je ne fais pas de plan". Ni pour son roman, ni pour sa carrière. A 18 ans, avec deux ouvrages derrière soi, on a la vie devant soi.

© AFP, le 18 septembre 2011