Jetez-vous sur Peeping Tom, le deuxième livre d'Alessandro Mercuri.

Douze. Certes, il y a douze coups à minuit, douze apôtres à la table d'un Rabbi en état de chrysalide la veille de son martyr qui le fera Christ, douze dans le titre du poème d'Alexandre Block, douze notes par série dans le dodécaphonisme. Mais il y a surtout douze essais hybrides dans le livre d'Alessandro Mercuri, Peeping Tom, suite de Kafka Cola (Léo Scheer, 2008).

De quoi s'agit-il ? De récits critiques dont la matière conjugue des éléments d'apparence hétéroclites pour en faire apparaître les correspondances. Ainsi, dans 'Turkish Delightâ?, la conjonction de trois événements début 2010 ' la mise en sommeil de l'activité solaire, la plus longue éclipse du millénaire et la naissance d'un agneau à visage humanoïde ' prétexte à d'ironiques digressions sur le sens de la fiction, et d'une manière implicite, sur l'art de raconter des histoires extraordinaires.

Dans le tautologique 'Mandrake est Mandrakeâ?, la figure du célèbre magicien dédoublé, à la fois personnage de fiction et réel magicien dupliqué au cinéma, multiplie les perspective de la gémellité.

Chaque essai est doté d'un appareil visuel remarquable, une mention spéciale devant être décernée à la série de photos qui voit Mandrake et Mitterrand s'interchanger. Il n'est pas nouveau de faire copuler culture savante et populaire, pseudo-sciences et vrais savoirs, culture pop et auteurs classiques. Le ton de Mercuri, en revanche, est nouveau. Ni Gonzo, ni universitaire, ni quoi que ce soit de pédant, son écriture fructifie dans l'ironie, une ironie qui laisse une chance à son sujet et lui donne la préciosité d'une révélation conceptuelle inédite. Une dernière remarque : il y a bien douze essais mais aussi trois annexes courtes qui viennent relativiser cet alexandrinâ?¦

Jean-Noël Orengo