Face à lui, du coup, la femme, Daphné, paraît un peu p?lotte. Cela tient sans doute à ce qu'elle est : une femme divorcée élevant seule un enfant, une figure parisienne relativement ordinaire (même si elle a accès à des milieux go?tant au paraître) pour lequel une approche trop typée paraîtrait vite boursouflée. Son ex-mari lui-même paraît navrant, obligé qu'il est d'utiliser un texte de Benjamin Biolay (cité in extenso, ce qui est long, d'autant plus que le roman pèse tout juste 104 pages) pour s'adresser à son ancienne conjointe. Une telle personne ne peut que finir victime d'un prédateur tel que l'homme du récit. Certes, leur relation n'aboutira pas; mais la troisième partie, "Chronique nocturne", indique la manière dont l'homme exploite sa rencontre.

Et puis, il y a la présentation d'un Paris hype... cette mise en scène culmine avec la visite d'un bar branchouille dont le caractère "à la mode" gomme assez mal les inconvénients, en particulier sa petite taille et son hygiène toute relative - le Paris à la mode, le Paris des vedettes n'est-il qu'une façade? interroge ici l'auteur, en filigrane. L'écrivain prépare le terrain, en particulier en recourant à un procédé devenu classique: le namedropping, ou parachutage de noms. Il est parfois excessif (on pense au carnet d'adresses de Daphné, p. 33, ou à la description de sa bibliothèque, p. 78, longuement cités). Le lecteur préférera la mention discrète de noms et de marques qui, par l'imaginaire qu'elles révèlent, suffisent à suggérer un contexte: un stylo Montblanc, par exemple, ou des chaussures de danse Repetto.

C'est cependant ainsi que l'auteur dépeint, au long d'un roman après l'avoir fait au fil de nouvelles, l'image d'une certaine Ville-Lumière dont les scintillements, pas toujours bien consistants, font encore rêver des millions de personnes dans le monde entier. Mais qu'y a-t-il au-delà des apparences? L'orgueil, l'envie de paraître, par exemple en bouclant un reportage bien craché, surpasse parfois un désir légitime, engendré par un "tango parisien" né entre deux personnages au détour d'une peu discrète séance de drague de rue. "Orgueil et désir" comporte certes quelques longueurs, quelques faiblesses; mais son propos est cohérent et, au-delà des personnages mis en scène, brosse avec pertinence, débarrassée de la relative naïveté qui nimbait "Paris, je t'aime", un Paris à la fois attrayant et prédateur. Et si Paris, au fond, c'était un peu Thomas? En tout cas, on se réjouit, ici, de retrouver cet auteur dans de nouveaux textes.

Daniel Fattore, le 1er novembre 2011.