Certains indices laissent à penser que nous ne sommes pas en France mais dans un pays d'Afrique du Nord. Dernière fille d'une famille nombreuse, nous apprend la narratrice, elle était belle à couper le souffle mais de petite taille, si bien que sa mère, qui lui cherchait un prétendant, l'obligeait à rester juchée sur des sabots hauts d'une dizaine de centimètres sous sa robe devant le pas de sa porte. L'expression mariage forcé n'est pas employée comme si le récit omettait d'emblée certains termes pour se situer à un niveau d'écriture moins banal. Jeune femme de caractère inflexible, elle tombe néanmoins enceinte d'une fille puis d'un garçon, avant multiplier les fausses couches.

É quarante cinq ans, elle accouche de son dernier enfant, celui qui manquait, celui qu'il fallait, l'enfant, le dernier, né grand prématuré. Elle construit une petite caisse en bois à peine plus grande que lui pour qu'il continue à grandir comme s'il était encore dans son ventre. La narratrice saute parfois des années comme elle passe sous silence le folie dece fils né trop tôt. Elle en restitue juste les ymptômes, l'angoisse d'une mère, le poids sur les autres membres de sa famille, l'internement du jeune homme à La Manouba, hôpital psychiatrique en Tunisie, son exil dans un hôpital français et sa mort à quarante et un an, parce qu'il n'a pu survivre à son déracinement tardif. Solange Mézan use de phrases démesurément longues (d'une ou deux pages) qui semblent couler de source.
Cela oblige parfois le lecteur à revenir en arrière pour en avoir le coeur net, mais n'est-ce pas là le mouvement même de ce récit?

Muriel Steinmetz