Son héroïne, Patricia, est canadienne. Elle a quarante ans passés. Elle avait décidé d'aller une semaine, seule, en Égypte, pour faire le point sur sa vie. CoIncée à Roissy, elle va finalement errer sans but entre l'aéroport et Paris, trainant derrière elle sa lourde valise à laquelle son mari a accroché un ruban orange afin qu'elle la reconnaisse de loin.
Elle passe deux nuits dans un Formule 1 où elle fait la connaissance d'une hôtesse de l'air; puis une autre chez un jeune employé de l'aéroport, dans un apparte- ment de banlieue qui sent le moisi et la friture. Elle pose ensuite sa valise dans un sous-bois proche des pistes, où des voyageurs ont improvisé un campement. Elle se lie avec l'un, puis avec l'autre: quand on se retrouve dans la même galère, on est prompt à se confier. Mals ces liens se délitent aussI vite qu'ils se sont noués. Au petit matin, on est redevenus des incon- nus. Son mari lui envoie des SMS: Toi qui étals partie pour réfléchir, te voilà en situation idéale.

De la beauté aux choses insignifiantes

Patricia observe, avec une attention flottante mais intense, ces milliers de voyageurs naufragés. Ils sont hagards et déroutés comme des fourmis dont on vient de détruire la fourmilière à coups de pied. Elle, elle prend tout son temps, allant jusqu'à lire les petites annonces collées dans les cabines téléphoniques. Par moments, elle trouve de la beauté aux choses insignifiantes. É d'autres, c'est un sentiment diffus de déréliction qui la gagne. Détachée de la famillarité des choses quotidiennes, dans cet espace et ce temps de transit, elle sent à quel point tout ce qui nous parait solide et durable est impermanent: les hommes s'agitent comme des insectes et les avions un jour risquent de disparaître comme les dinosaures. Une leçon de désenchantement douce-amère.