Le garçon est superficiel, fashion victim. Il raffole des marques: stylo Montblanc et sacoche Paul Smith font partie de sa panoplie. Il plaît aux femmes et il le sait. De surcroît, il a du temps devant lui. Le temps à perdre, c'est la monnaie des séducteurs. Son boulot? Étre insolent et cynique. N'est-ce pas ce que l'on attend d'un chroniqueur télé à la mode? C'est ainsi qu'il se voit, en tout cas, désinvolte, insoumis, et nettement au-dessus de la mêlée. É la terrasse d'un café, il croise le regard d'une femme moderne et ravissante, et néanmoins lectrice de L'Étranger de Camus. Elle a des courbes magnifiques. C'est un bon début. La tête haute, une robe noire, des talons de dix centimètres. Et un sac Hermès. Le voilà conquis.
Notre homme va suivre toute une journée cette créature bouleversante, dans une traversée au pas de course d'un Paris éminemment romantique, de l'Alma à la place des Vosges. Il va la perdre, la retrouver, tomber amoureux. Puis c'est elle qui va le suivre, le perdre, le retrouver, tomber amoureuse... Vont-ils s'aimer?
C'est une espèce de thriller sentimental qu'a écrit, à dix-sept ans, Myriam Thibault, faisant preuve d'une grande maturité, aussi bien dans le domaine de l'exploration des méandres du désir que dans celui de l'écriture. Les traits des deux personnages sont parfois un peu forcés, les situations peuvent sembler improbables, les digressions un peu lourdes, mais la magie opère. Il est rare, dans le roman d'aujourd'hui, de voir incarnée avec tant de justesse et de gr?ce la jeunesse dans ce qu'elle a de plus charmant et de plus insupportable.

Rendez-vous manqué

Myriam Thibault est une surdouée qui assume ouvertement toute sa mélancolie, déjà. Son histoire de rendez-vous manqué est touchante. Elle aurait plus de force encore si l'auteur ne cherchait pas à expliquer à tout prix pourquoi son héros se montre, à la fin de cette longue partie de cache-cache, incapable de prendre le risque d'aimer.
Lisez ce livre sans vous laisser détourner par son titre, Orgueil et désir. Un titre abstrait, qui ne sied pas à ce premier roman ardent et enflammé.

Dominique Guiou