Je pourrais quand même vous dire tout le bien que je pense et le plaisir que j'ai eu à la lecture du livre de Véronique Bruez, La Terrasse des Paresseux (Éditions Léo Scheer). Ces « carnets marocains » écrits à partir de 2004 racontent, entre autres choses, sa découverte du Maroc et, par bien des aspects, m'ont permis de me remémorer mon propre séjour là-bas, en 1981, ou en l'an 1401 de l'Hégire (pour faire un clin d'?il à Louis Gauthier et à son très beau «journal» dont j'ai déjà dit (trop) brièvement tout le bien que j'en pensais)...

Je m'en veux de ne pas avoir annoté ma lecture comme je le fais parfois... mais je comprends maintenant que les extraits auraient été trop nombreux... Je cite quand même ce morceau qui ne rend pas justice au sentiment général que l'auteur porte aux Marocains, mais qui traduit ce que j'ai moi-même ressenti à l'époque : Nous sommes toujours considérés d'abord comme des objets sexuels (c'est une femme qui écrit), puis accessoirement comme des portefeuilles ambulants, enfin, parfois, comme des êtres humains. Nous sommes d'abord un type (la femme européenne) et ensuite une personne. Pour nous il me semble que les gens que nous rencontrons sont d'abord des individus, puis un générique. La dépersonnalisation et le contraire. (p. 240)

J'aime le style et l'esprit de cet auteur, ces écarts, coq à l'?ne et digressions où le trivial côtoie la véritable intelligence et où la superficialité a toute la profondeur de la peau (« la peau est ce qu'il y a de plus profond » pour parler comme Valéry). Merci donc à Véronique Bruez... et à son éditeur, qui m'auront permis de finir l'année en beauté et en douce nostalgie.