Ce n'est pas que celui-ci soit moins réussi, mais on a l'impression que l'auteur a poussé jusqu'au bout son truc: le roman à rebours, l'éloge du dandysme, le nonsense. Cela dit, on passe un fort bon moment de lecture en compagnie de son nouveau héros, Waldo des Palladynes. C'est le pseudonyme que s'est choisi un vieux gamin pour oublier son enfance malheureuse. Par chance, il a hérité d'un certain James, majordome de feu Galahad, un aristocrate écossais, toute sa fortune, dont un hôtel particulier parisien déglingué, un ch?teau dans les Highlands, où il ne met jamais les pieds, et une vieille Jaguar mauve sur cales. Mais, Waldo ne s'est jamais remis de la mort de Garance, son seul amour, durant un week-end. A Deauville, forcément.
Aussi, quand il rencontre par hasard, un soir, un espiègle gamin blond déguisé en Indien d'Amérique chassant le bison dans les rues de Paris, son vieux coeur malade s'emballe. Il le baptise Alfred, l'invite chez lui - en tout bien tout honneur - et, ayant pressenti un esprit d'exception, tente de lui faire découvrir son petit monde. Au passage, Louis-Henri de La Rochefoucauld digresse, bouscule la chronologie, salue J.M. Barrie, l'auteur de Peter Pan, et même son ancêtre, le duc François, moraliste du XVIIe siècle auteur de Maximes, dont celle-ci: Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. Le brio ne serait-il alors que poudre aux yeux? Le jeune La Rochefoucauld démentira à l'avenir, on l'espère, la sentence de son sévère aïeul.

Jean-Claude Perrier