Première évocation dans la presse du magnifique premier livre de Jean-Baptiste Scieux, É l'Octave supérieur, en librairie le 1er février.

La semaine deâ?¦ Solange Bied-Charreton

(â?¦)

Mardi. Prise de risque

Avec G., nous avions passé ces dernières semaines à pourfendre les déclarations des romancières mondaines qui, avec cette vigueur mélodramatique qui les caractérise, clament haut et fort que « l'écriture est une prise de risque » en étalant dans leurs ?uvres complètes le banal de leurs relations adultères. J'ai terminé ce soir un livre que G. m'a mis entre les mains il y a quelques jours et je puis affirmer qu'avec celui-ci « l'écriture est une prise de risque ». É l'Octave supérieur de Jean-Baptiste Scieux sort dans dix jours aux Éditions Léo Scheer. Sur la quatrième de couverture, on ne précise pas que c'est son premier roman mais son « premier livre ». É juste titre, j'aurais du mal à faire entrer dans une quelconque catégorie ce soliloque halluciné, cet immense poème en prose aux références sacrées (Bloy, Verlaine, Apollinaire, Rimbaud, Burtonâ?¦), qui rend un hommage amer à la destruction, à la souffrance et à la folie. Il y a dans ce livre tout ce que la mort d'un enfant de 16 mois, écrasé en septembre 2009 par une roche de granit (le propre petit garçon de notre auteur), peut inspirer à la fragilité humaine, comme elle pousse au délitement et à la perdition. Apparaissent jusque dans les pages les plus sombres d'inattendus soubresauts humoristiques. Road movie mental, l'itinéraire de Jean-Baptiste Scieux est une autofiction désarticulée et stylistiquement flamboyante. Chagrin car empathie, joie car admiration.

Libération
21 janvier 2012