Retrouvez Gabriel Matzneff et son dernier ouvrage La Séquence de l'énergumène, dans Le Nouvel Observateur du 19 janvier 2012 par Delfeil de Ton.

C'était Combat

C'était au temps du général de Gaulle et de la télévision en noir et blanc. De Gaulle, il n'y en avait qu'un; la télé, il n'y en avait qu'une. Une seule chaîne, et qui n'avait pas d'autre nom que RTF, Radiodiffusion-télévision française.
C'était aussi le temps d'un quotidien qui s'appelait Combat. Nous n'étions pas très nombreux à le lire, mais pour rien au monde nous n'aurions manqué un numéro de Combat. C'était parfois très méritoire, car il était mal distribué et on ne le trouvait pas partout. C'était le temps du bon temps. En première page de Combat, il y avait deux chroniques, posées dans le bas côte à côte et qui se poursuivaient en pages intérieures. Le jeudi, à gauche, vous aviez Gabriel Matzneff qui brandissait la Vieille Russie et la religion orthodoxe et, à droite, vous aviez un intellectuel pro-albanais, c'est-à-dire un admirateur d'Enver Hodja, l'Ubu marxiste-léniste qui avait fait de son pays un misérable camp retranché. La France comptait un autre intellectuel pro-libanais, qui officiait dans le billet de première page du quotidien de référence du soir. Le bon temps était aussi un temps admirable.
Un jour de 1963, Combat proposa à Gabriel Matzneff de donner en plus, car il était une vedette du journal, une chronique de télévision. Il n'avait pas de poste de télévision chez lui et ça tombait bien car les lecteurs de Combat, dans leur immense majorité, n'avaient pas de poste non plus.
Voilà ces chroniques, un demi-siècle plus tard, rééditées en livre. Elles n'ont rien perdu de leur drôlerie et de leur pertinence.

Delfeil de Ton