Sibylle Grimbert, La Conquête du monde

Ludovic est le prototype du quadra blanc dépressif, en difficulté professionnelle et maritale, comme chez Coe et McEwan. Mais quand Sibylle Grimbert s'empare de ce modèle, c'est forcément avec un immense amour pour ses personnages, ainsi qu'un sens de l'humour et de la tragédie sociale irrésistible. Incarnation du winner, Ludovic perd pied lors d'un voyage à New Delhi : il multiplie les gaffes, rate des contrats et finit par se faire virer. De retour à Paris, ce héros picaresque tente de se relancer avec de nouveaux projets : le badminton, le tapioca, un biopic sur Spiderman... É mesure que tout lui échappe, la réalité y compris, son ex, son fils et ses amis enchaînent les réussites. Qui, du monde ou de lui, est-il le plus fou ? Est-il inadapté ? Dans une société de l'égo-roi et de l'efficacité, Ludovic, vulnérable et peu s?ur de lui, est-il une espèce en voie de disparition ? Si Sibylle Grimbert aime décrire ce moment où "tout vrille" dans une existence, ce n'est pas par exquise cruauté, mais parce que chacun de ses romans est une tentative de réponse à la question : comment vivre ?

Gladys Marivat
Chronic'art #75 (février 2012)