Solange Mézan et son livre La Manouba, dans La Quinzaine Littéraire de février 2012 par Michel Plon

Maud Mannoni, qui ne nuançait pas toujours ses propos, avait coutume de dire qu'il fallait deux générations pour fabriquer un psychotique.
Dans un récit au style acéré, Solange Mézan, analyste elle aussi, conte l'histoire d'une famille proche d'elle dont le quotidien était fait de silences et de cruauté discrète mais efficace. Cadre impitoyable dans lequel vint à naître Joseph, enfant ardemment rêvé par une mère fragile et accablée de solitude. La vie de Joseph se développera dans une douleur croissante en chacune de ses étapes, elle s'achèvera, une fois sa mère disparue, dans le seul endroit qui lui manifesta un peu d'humanité, l'hôpital psychiatrique de Saint-Amban, berceau de psychothérapie institutionnelle.
Sobres et terrifiantes de vérité, les vingt dernières pages de ce court récit constituent, en se dispensant de tout recours au vocabulaire de la psychiatrie ou de la psychanalyse, un impitoyable tableau de la psychose dévorante.

Michel Plon