Les mots dévalent, dégringolent en colonnes accidentées, s'entrechoquent telles des pierres éboulées. C'est la langue écorchée d'Hélène Bessette, reconnaissable entre mille. La voix unique, longtemps oubliée, d'une écrivaine disparue en 2000 et qui, entre les années 50 et 70, a composé une oeuvre forte et singulière remise en lumière par la collection Laureli des éditions Léo Scheer. L'an dernier reparaissait N'avez-vous pas froid, roman dans lequel Hélène Bessette a transporté l'histoire de son divorce. Accompagné d'une belle postface signée Claro, Si évoque l'après-rupture et prolonge l'entreprise de démolition des conventions bourgeoises. Ici, le couple: Et cette obsession, cette mode, cette garantie de bonheur (disent-ils), cette propagande du couple à tout prix m'épuise.
Au-delà, Hélène Bessette s'attaque aux stéréotypes féminins avec une fulgurante modernité. Mots disséqués et montages cut, elle décompose la langue pour déconstruire les mythologies qui enserrent la femme dans des rôles convenus: Marilyn Monroe, Emma Bovary, la cover girl, la bonne épouse... La maman et la putain, ces pôles contraires qui ne laissent nulle place à l'invention de soi. Seule l'écriture permet à Désira/Bessette de se frayer son propre chemin. Je vais écrire un livre, répète-t-elle comme un mantra pour déjouer les figures imposées, expérimenter une liberté sans condition.
Il n'y a plus de si qui tienne.

Elisabeth PHILIPPE