François Bégaudeau se livre depuis quelque temps à un exercice critique d'un genre nouveau : l'analyse d'une phrase prise plus ou moins au hasard dans ses lectures, qui lui sert de révélateur du style et de l'univers d'un écrivain.

Cela s'appelle le Blog-phrase et se trouve sur le site begaudeau.info. Le Blog-phrase n?5 est consacré à Sibylle Grimbert, pour une phrase tirée de La Conquête du monde (p. 238) :

Chose étrange, il avait un Bic dépassant de sa poche poitrine, or que faisait un Bic chez les morts, qui n'ont pas besoin d'écrire puisqu'ils sont omniscients ?

Si vous voulez savoir comment, à partir de là, Bégaudeau arrive à la conclusion suivante :

« La Conquête du monde est un roman kafkaïen. L'adjectif est si galvaudé qu'il faut insister. On dit bien : kafkaïen. Intimement, stylistiquement. Ni bureaucratie, ni homme-insecte, ni prescience du totalitarisme, ni Ch?teau, mais de la logique plaquée sur de l'absurde, du bon sens sur du biscornu »

ou encore à ceci :

« L'écrivain aime bien s'acoquiner avec les morts, prétendre que ce sont les morts qui tiennent la plume, mais il devra se résigner à l'idée que ce sont bien des vivants qui écrivent, que l'écriture est, dans son incomplétude, la marque de la vie »

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