"É chaque rentrée littéraire, ils font partie des livres les plus attendus : ce sont les premiers romans de l'automne, 69 cette année. Qui sont les révélations, lesquels sortiront leur épingle du jeu ?"
Par Florence Duguit et Bernard Quiriny.

Le plus historique : Lilian Auzas ***

« La plus belle chose que j'aie jamais vue au cinéma a été la danse de la Riefenstahl devant la mer dans La Montagne sacrée ». Confession apocryphe d'Adolf Hitler à Wilhelm Brückner rapportée par Lilian Auzas dans ce premier roman consacré à la cinéaste allemande, pasionaria du Troisième Reich dont les films apologétiques n'ont jamais cessé de susciter la fascination, pour des raisons tant esthétiques (Warhol ou Coppola ont souvent dit leur admiration) qu'historiques (de nombreux travaux lui ont été consacrés, notamment le documentaire de Ray Müller en 1995). Peut-on envisager l'?uvre pour elle-même, en faisant abstraction du contexte ? Et qu'en était-il de l'engagement nazi de Riefenstahl ? Questions qui hantent Auzas et qu'il tente de résoudre en racontant la vie de la cinéaste, de sa carrière dans la danse à ses débuts dans le cinéma, sa carrière de réalisatrice et sa rencontre avec Hitler, à qui elle vouera une adoration religieuse. Quelle fut dans sa passion la part de l'adhésion et celle du mysticisme, tel est le problème que tente de démêler l'auteur, qui fait de son héroïne une artiste prométhéenne indifférente à la réalité plutôt qu'une militante. « Que lui importait d'?uvrer pour un être diabolique, un Dotkor Mabuse venu instiller la haine dans l'?me de l'Allemagne ? Elle ne pensait qu'à une chose : la beauté parfaite qui devait jaillir de son film. Le reste, tout le reste, ne comptait pas ». Au-delà de son intérêt historique et de sa galerie de personnages (de Marlene Dietrich à Georg Wilhelm Pabst et Albert Speer), ce premier roman vaut aussi pour la façon dont l'auteur intervient dans son texte afin d'expliquer son propre rapport à Riefenstahl et les questionnements qui en découlent, lui donnant ainsi une dimension plus personnelle.
Riefenstahl, Lilian Auzas, Léo Scheer


Le plus à vif : Marie Simon **

« Mon mec est unique. Mon mec est charismatique. Il a des dents incroyables. Il ne ment jamais. Il aime les bateaux, les courses, et les défis en général »â?¦ Ce mec fabuleux s'appelle Quentin, et la narratrice du premier roman de Marie Simon pourrait en parler pendant des pages. D'ailleurs, c'est ce qu'elle fait : la première partie des Pieds nus est une sorte d'hymne à l'amour fou, plein d'urgence, de souvenirs et d'emphase, comme si les phrases de l'héroïne peinaient à contenir le trop-plein de ses sentiments, l'intensité de sa passion. Hélas, au tiers du texte, le drame survient. Une régate qui tourne mal, un appel en pleine nuit, une course folle vers le port, la nausée : Quentin est mort, laissant la narratrice esseulée, consternée, hébétée. Peut-on encore vivre quand on est privé de ce qui donnait son prix à l'existence ? Et peut-on encore aimer, quand on a eu un Quentin dans sa vie ? Marie Simon fouille l'?me de son personnage dans un style direct, à vif, nerveux, certes non exempt de maladresse (les citations d'Elli et Jacno, les passages sans ponctuation qui accélèrent le rythme mais tournent au procédé), mais qui donne à ce roman féminin et passionné une forme de liberté et d'immédiateté qui contribuent à sa réussite.
Les Pieds nus, Marie Simon, éd. Laureli / Léo Scheer.

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