Ouest-France aime cette rentrée littéraire et la trouve belle. Le premier quotidien français en terme de diffusion (800.000/jour) édité à Rennes, présente les premières pages des favoris des prix et des performances commerciales :

Premières pages d'une belle rentrée littéraire.

La rentrée, c'est maintenant. Pas la scolaire, la littéraire. Les sorties de 440 bouquins vont s'étaler jusque fin septembre. Et, depuis vingt ans, pas de reprise sans Amélie Nothomb : son 21e titre, Barbe Bleue, est un clin d'oeil à Hygiène de l'assassin qui l'avait propulsée vers les sommets du succès dont elle n'est jamais redescendue, b?tissant une oeuvre à la fois populaire, intelligente et drôle. Aura-t-elle un jour le Goncourt ?

Son éditeur Albin Michel mériterait aussi cet honneur, lui qui réédite régulièrement le Goncourt mythique du millésime 1921 : Batouala de René Maran. Ce « premier roman nègre » est le premier Goncourt écrit par une personne de couleur. Batouala reste d'une étonnante actualité. Maryse Condé le fait remonter à la surface dans son formidable essai autobiographique, La vie sans fards chez JC Lattés. Un tel livre est rare : on y voit la vie qui noue la genèse de ce qui va devenir une oeuvre.

Intime confession

Les écrivains aiment bien se mettre en scène pour se raconter au présent ou bien au travers d'un double : Olivier Adam en père divorcé dans Les lisières est d'ailleurs l'un des auteurs les plus attendus de cette rentrée (portrait sur ouest-france.fr/actu/livres.php). Transfuge de l'Olivier, le voici désormais sous les couleurs de Flammarion qui vient d'être racheté par Gallimard.

Des écrivains en personnages principaux, la rentrée en fourmille... Dans l'Enfant grec chez Stock, Vassilis Alexakis, bloqué sur ses béquilles au jardin du Luxembourg, retrouve la troublante douceur du chemin de l'enfance. La fiction le libère des affres de la vieillesse. Avec L'hiver des hommes chez Julliard, Lionel Duroy est au coeur de son reportage chez « les enfants de salauds », les enfants des criminels de guerre...

Mais quand le roman n'est que l'autre nom de l'intime confession, cela peut donner quelques petits bijoux d'émotion. Comme dans Laisser les cendres s'envoler : Nathalie Rheims, chez Léo Scheer, fait enfin le deuil de sa mère qui l'a abandonnée. Même les petites filles riches ont le chagrin d'amour de maman !

Le grand style

Deux autres filles s'épanchent chez Grasset : Anne Berest n'en finit pas de liquider l'image de son père dans Les Patriarches et Félicité Herzog, la fille du vainqueur de l'Anapurna, rumine les non-dits de la mémoire familiale dans Un héros.

Grasset publie également Les désarçonnés du génial Pascal Quignard, dont la prose nous laisse dans un bonheur pantois : le lire, c'est se mettre à l'école du grand style.

Et quand l'écrivain voyageur se met en scène pour mieux s'effacer devant son glorieux personnage, c'est Patrick Deville qui décroche la palme : Peste et choléra, au Seuil, raconte la formidable épopée d'Alexandre Yersin, l'élève de Pasteur qui a vaincu la peste et découvert une ville en Indochine...

Un autre auteur maîtrise l'art de se mettre en scène pour raconter l'Histoire : après HHhH, Laurent Binet retrace dans Rien ne se passe comme prévu, les étapes de la campagne de François Hollande (interview complète sur ouest-france.fr/actu/livres.php).

Délire du pouvoir

Dans Un repas en hiver (Stock), Hubert Mingarelli suit trois soldats allemands, contraints à traquer un juif en Pologne. Dans les délires de l'Histoire, certains hommes gardent leur liberté de conscience et d'action. Ce roman vous prend aux tripes.

Le délire du pouvoir et ses grandes figures qui font l'Histoire inspirent les meilleurs auteurs de cette rentrée. Trois monuments s'imposent. D'abord, Laurent Gaudé, le magnifique, célèbre Alexandre Le Grand. Pour seul cortège, chez Actes Sud, chante sa mémoire dans un souffle hypnotique qui emporte le lecteur dans une longue fièvre.

Ensuite, Le maréchal absolu de Pierre Jourde et Le dîner de gala de Philippe Videlier, tous deux chez Gallimard, sont des livres étonnants et superbes. Mao Zedong est l'invité d'honneur au dîner de Philippe Videlier tandis que dictateurs, colonels, guides suprêmes et autres figures de l'absolutisme composent le maréchal de Pierre Jourde. Il signe une symphonie grandiose.

Ceux-là vont dominer la course aux prix. Comme deux autres romans qui résonnent avec les soucis de l'époque : Métamorphoses de François Vallejo (éd. Viviane Hamy) et Infidèles d'Abdellah Taïa (éd. Le Seuil). Les personnages de ces deux romans admirables, qui sentent l'air des temps présents, sont habités par la foi de l'islam jusqu'à sombrer dans l'enfer de la passion religieuse.



Hervé BERTHO, le 21 ao?t 2012