LA RÉALITÉ DÉPASSE LA FICTION.

Les prétendants aux prix Goncourt, Renaudot, Fémina...s'appuient sur l'actualité ou des grandes figures de notre histoire. Ils ont raison. Leurs romans vont faire la différence...

É quoi bon se creuser la tête pour inventer des héros de fiction quand l'actualité et l'Histoire se chargent de vous en fournir treize à la douzaine. Les romanciers de la rentrée ont retenu la leçon : fini l'auto-fiction, les récits minimalistes ou les tergiversation stylistiques autour d'intrigues minces comme un fil. Cette année signe le retour du roman roboratif et en trois D : démesure, description et dépaysement !

É peine plus d'un an après l'affaire Strauss-Kahn, Stéphane Zagdanski en offre déjà* une version romanesque (Chaos brulant, Seuil). Le jeune Aurélien Bellanger a couché sur papier un héros qui ressemble comme un frère à Xavier Niel (La Théorie de l'information, Gallimard). Du Minitel rose à la multinationale qui conquiert la nouvelle économie, aucun épisode n'est oublié. Plus classique, Nathalie Rheims décrit la lente et inexorable d'une mère embrigadée par un artiste de pacotille (Laisser les cendres s'envoler, Léo Scheer). L'environnement familialressemble furieusement à celui des Rothschild... Félicité Herzog règle son compte à son père, Maurice, grand alpiniste jusqu'ici reconnu pour avoir gravi l'Annapurna (Un Héros, Grasset) Son livre est un véritable tir au pigeons dont peu de gens réchappent ! Auteur, il y a deux ans, du Club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia s'empare de la figure du Che à qui il imagine un autre destin (La Vie rêvée d'Ernesto G., Albin Michel).

Cette liste, déjà bien fournie n'est pas close. Patrick Deville suit les périples asiatiques d'un des collaborateurs de Pasteur (Peste & choléra, Seuil), Serges Bramli s'entiche de Marcel Duchamp (Orchidée fixe, JC Lattès).Christophe Donner met en musique l'extraordinaire destin d'une famille d'exilés espagnols qui ont inventé le Paris mutuel et le tiercé à la fin du XIXe sièle (É quoi jouent les hommes, Grasset). Leni Riefenstahl, la réalisatrice et comédienne préférée d'Hitler, reprend également vie dans le roman de Lilian Auzas (Riefenstahl, Léo Scheer).

Suivez bien ces romanciers ordinaires qui mettent en musique ces vies extraordinaires ! Il y a fort à parier que cette année, le Goncourt couronnera l'un d'entr'eux... et les recalés pourront toujours espérer que la postérité les distingue. De Sang froid de Truman Capote ou Madame Bovary de Gustave Flaubert, sont deux chefs-d'oeuvre, inspirés à leurs auteurs par des faits-divers aujourd'hui oubliés...

LUDIVINE AUGER Pour GALA

  • Déjà ? (ndlr)