Quand la mère se retire.

Dans ce roman rageur et saisissant, dont on ne peut se détacher une fois ouvert... Nathalie Rheims se souvient...

Nathalie Rheims rebaptise le ch?teau de ses aïeux, ne nomme pas sa famille maternelle, présente ce récit comme un roman.

Vaines précautions. Vous en connaissez beaucoup des banquiers juifs anoblis, disséminés aux quatre coins de l'Europe, dont le patrimoine est synonyme de milliardaire?

Le livre est tout entier dicté par sa colère inextinguible contre sa mère.

Un matin de janvier en allant faire signer mon carnet de notes, je découvris que ma mère était partie, nous quittant, mon père et moi. Je partis pour l'école comme un automate, incapable de pleurer, incapable de ressentir autre chose qu'un vide terrifiant.

Elle ne lui en veut pas de s'être séparée de son père, le couple battait de l'aile depuis longtemps. Ce qu'elle ne lui pardonne pas, c'est de l'avoir abandonnée pour filer le parfait amour avec un artiste en vogue, captateur de fortune.

Je me sentais plaquée comme à la fin d'une aventure amoureuse. Comment la mère n'a-t-elle pas vu le désespoir qui dévastait sa fille ?

Comment a-t-elle eu l'inconscience de lui demander de servir de mère porteuse au cas où l'Artiste-en-vogue voudrait un enfant ?

É sa décharge, l'adolescente se montrait incapable d'exprimer sa détresse, cadenassée qu'elle était dans la loi du silence, principe fondamental de la bonne éducation chez les manieurs d'argent.

Ce que je sentais au fond de moi avait beau ressembler à une apocalypse, rien, strictement rien, n'arrivait à sortir, pas un mot, pas un reproche, pas l'ombre d'une remarque.

Ici, le livre va au-delà du réquisitoire contre une mère dénaturée, il s'en prend à l'écrasante pyramide des financier.

Même si ce n'est pas une excuse, Nathalie Rheims a compris que la fuite maternelle avec l'Artiste-en-vogue était probablement la seule échappatoire à sa portée.

Plus tard, bien plus tard, sa mère lui proposera de passer quelques jours pour remonter le temps avec elle dans le ch?teau de son enfance. Elle est malheureusement morte juste avant les retrouvailles, laissant imprononcés les mots qui auraient peut-être cicatrisé les plaies.

É la première page du récit comme à la dernière, Nathalie Rheims prétend être parvenue à l'indifférence. Mais contrairement à ce que le titre laisse supposer, elle ne laisse pas les cendres du passé s'envoler,elle les remue. Et le feu couve toujours en dessous.

De ce roman rageur et saisissant, dont on ne peut se détacher une fois ouvert, on retire une leçon : fortune et blason peuvent en l'espace de quelques générations déposséder des juifd de leur humour. Éa ne rigolait pas tous les jours au ch?teau de Fer... de Gombière, pardon !

Jacques Nerson, le 6 septembre 2012.