...C'est ce verrou des foyers clos que Nathalie Rheims tente d'ouvrir, de son écriture fine, fluide, si efficace.

...C'est ce cadenas tenace qu'elle fait sauter, avec cette puissante délicatesse, devenue, livre après livre, sa signature d'écrivain.

TOUT SUR SA MÉRE.

Nathalie Rheims règle ses comptes avec délicatesse.

Quand Nathalie Rheims règle ses comptes, cela fait mal.

É elle d'abord. Ses lecteurs le savent bien qui suivent avec fidélité, depuis treize ans, une oeuvre en forme de journal intime qui rend hommage aux morts et joue, non sans brio, la confusion entre roman et autobiographie.

Il y a la figure du frère tant aimé, mort trop tôt, liée à celle de Charles Denner, acteur maudit et secret (L'un pour l'autre, 1999).

Il y a celle du père, Maurice, qui fut le plus star de nos commissaires-priseurs, un académicien français rebelle, un collectionneur d'art impertinent, un écrivain libre, un père présent/absent, à la fois bavard et muet (Les fleurs du silence, 2001).

On n'oublie pas, au passage, l'hommage au compagnon meurtri (Claude, paru en 2009), homme de cinéma, collectionneur d'art, comme papa, quoique plus avant-gardiste.

Voici, désormais la mère qui entre en scène. Une mère sinon inconnue, comme elle le suggère au final, du moins sans nom, oubliée, honnie, qui a abandonné non seulement son mari indifférent, mais sa fille, devenue la narratrice.

Car il s'agit d'un roman, n'est-ce pas ?

Voilà donc ce double de l'auteur qui se raconte, dit sa douleur silencieuse, sa solitude, sa marche lente vers l'anorexie,comme l'incompréhension des autres. Elle évoque, mezza voce, cette mère ayant choisi de déserter les siens pour "co?uver" un artiste co?teux et habile manoeuvrier.

Je suis née dans une famille singulière, avec tant de ramifications et de secrets glisse-t-elle au détour du récit.

On retiendra de ce livre miroir, ce roman confession, brandi comme une arme à la face d'autrui, le besoin forcené de comprendre, mais non de pardonner.

Gide l'expliquait déjà dans Les nourritures terrestres avec son Familles, je vous hais et ces mots que l'on omet souvent de citer et qui en sont la suite :

Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur.

C'est ce verrou des foyers clos que Nathalie Rheims tente d'ouvrir, de son écriture fine, fluide, si efficace.

C'est ce cadenas tenace qu'elle fait sauter, avec cette puissante délicatesse, devenue, livre après livre, sa signature d'écrivain.

Gilles Pudlowski, le 13 septembre 2012.