ROMAN

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Trouver le ton juste, la bonne distance, le point de vue approprié, sans taire sa douleur, sans préserver ceux qui vous ont fait du mal, et sans se mentir.

Nathalie Rheims réussit cette prouesse dans un livre autobiographique plein de pudeur et de détermination.

Sa mère est l'objet du récit, retenu et altier comme le veut son éducation bourgeoise, franc et violent comme l'exige sa soif de renaissance.

De la désertion de cette génitrice qui l?cha mari et enfants pour suivre "l'Artiste", un amant démiurge et possessif, Nathalie Rheims cherche à recueillir les fruits, aujourd'hui à maturité.

"Enfant, je lui construisais un trône : il se transformait en tas de sable", écrit-elle pour dire son effondrement, après l'abandon maternel.

É son enfance ouatée, argentée, jusqu'à l'étouffement, la romancière offre un sas de décompression, gr?ce à son écriture oxygénée.

Fruit du silence, enseigné comme règle d'or chez les Rheims, ce livre cicatriciel chuchote les vertus du quant-à-soi, quand il n'est pas repli, mais plutôt recueillement. Alors, aux aguets, tout s'éclaire.

Marine Landrot, le 19 septembre 2012