Dans le "Service Littéraire" n?56 d'octobre 2012 :

L'enfant rouge

Rotschlid est un nom glamour. De l'extérieur, il fait rêver. On imagine le faste et le luxe, les fêtes extraordinaires et galantes dans des ch?teaux gigantesques ' comme le ch?teau de Gombière précisément, celui des Rotschild, des gens élégants et raffinés, des mets délicieux, des boissons savoureuses, des illuminations, des étoffes précieuses et délicates, du prestige.

Pourtant Nathalie Rheims décrit cet univers-là, celui de sa famille maternelle, d'une toute autre manière, sourde et féroce : le silence et les faux semblants annihilent tout, la culture du secret et des apparences constituent la loi et un asservissement. Un monde de conventions et de diktats, assez éloigné des photos lumineuses et légères de « Point de vue et image du monde ».

Aussi lorsque sa mère l'abandonne, alors qu'elle n'est qu'une adolescente, pour suivre son amant peintre et devenir son mécène jusqu'à sa mort, la déshéritant au profit de « l'Artiste », Nathalie se blinde et rejette ce milieu. « Je ne voyais plus personne, je vivais de petits boulots, faisais des piges pour des magazines. J'étais en train de me recroqueviller et le fil qui me reliait au monde extérieur devenait de plus en plus ténu. Il s'en fallait d'un rienâ?¦ ».

Elle devient un Enfant (child) Rouge (rot), abandonné. Elle ne donnera pas la vie à son tour, figée dans l'enfance. Combien de temps faut-il pour laisser les cendres s'envoler et l?cher prise ? Combien de gens, de situations, de lieux intimes aura-t-il fallu que Nathalie Rheims emprisonne par écrit, encellule dans des carnets pour tenter de comprendre avant de pouvoir se détacher et « vaincre le temps » ? Longtemps avant qu'elle ne puisse écrire ce récit : « J'acceptais ce qui s'était passé, abdiquer n'était plus une épreuve, mais une évidence ».

Isabelle Kevorkian, le 16 octobre 2012.