En prenant ses quartiers dans le bureau ovale, le président américain issu du scrutin du 6 novembre trouvera les dossiers parmi les plus délicats qu'un chef de l'Etat puisse avoir à traiter: réussir la sortie du pays de la «Grande récession» et s'attaquer aux périls qui minent en sous-sol la puissance américaine depuis des décennies: «le délabrement des infrastructures, le déficit de la formation des jeunes, le creusement des inégalités, la concurrence chinoise, le maintien d'un taux de chômage et d'une dette publiques élevés, l'agonie du secteur de la construction», écrit Evariste Lefeuvre dans «La renaissance américaine» (Editions Léo Scheer). Autant de dérives qui «peuvent aisément étayer la thèse du déclin», relève le chef économiste pour l'Amérique du nord de Natixis à New York.

Car «l'Amérique va mal», dit-il : la crise du surendettement a révélé des défaillances longtemps masquées par la surabondance du crédit et les taux faibles. Et la restauration des finances publiques est devenue urgente. Pour commencer, la nouvelle administration évitera difficilement de se poser la question d'une «refonte de l'impôt», et cela au delà de la menace que fait planer la «falaise fiscale» fin 2012 sur la croissance économique. L'économiste souligne en effet que «les recettes fiscales s'établissent à 15,5% du PIB, et les dépenses à 24% ». Compte tenu de cet écart, « il faudra jouer sur les deux volets budgétaires pour revenir à l'équilibre».

Pour assurer le redressement national, Washington ne manque toutefois pas d'atouts. «Forte de la taille de son marché intérieur et de l'abondance de ses ressources, l'économie américaine est en train de se remodeler», analyse Evariste Lefeuvre. « Le secteur manufacturier est en mutation; l'exploitation du gaz et du pétrole refaçonne la géographie économique du pays» et « la thèse de l'effondrement du dollar sera bientôt de l'histoire ancienne», prévoit l'auteur.

Reste la difficulté, pour les dirigeants, de prendre la mesure des bouleversements en gestation qui dépassent le simple cadre économique . « Leur dimension est à la fois politique, sociétale et géographique », dit-il. « A une expansion est-ouest, se substituent des liens économiques et humains transfrontaliers entre le nord et le sud ». L'auteur pousse loin l'extrapolation en annonçant pour le prochain siècle « une nouvelle confédération ou Union des Etats d'Amérique ».

Laurent Chemineau, le 5 novembre 2012