L'Amérique ne renaît pas de ses cendres, elle se reconstruit.

Voici le regard pragmatique que pose sur les Etats-Unis post-subprimes Evariste Lefeuvre, chef économiste de Natixis à New York.

Alors que les Américains s'apprêtent à élire leur président pour les quatre années à venir, dans un contexte de reprise économique lente et poussive, l'auteur fait le point sur les forces et faiblesses de cette " puissance indispensable ", dont la légitimité et l'exemplarité ont été ébranlées par cinq années de crise financière. Au sortir d'une décennie de croissance sans emploi adossée à une bulle de crédit spéculative, la question de la reconstruction du tissu productif américain se pose avec urgence : Barack Obama en a fait un des fers de lance de sa campagne, s'appuyant sur le sauvetage de General Motors orchestré par Washington durant son premier mandat. Mais, dans cette " économie iPhone " qui, à l'instar du modèle Apple, fait cohabiter chercheurs et développeurs hautement qualifiés et rémunérés avec, en bout de chaîne, des vendeurs sans diplôme et mal payés, tout en évacuant l'emploi intermédiaire à l'étranger, quels peuvent être les nouveaux moteurs de la croissance ?

Comment faire régresser la part du chômage structurel et freiner le tassement de la classe moyenne, qui entraîne une polarisation de la société entre riches de plus en plus riches et pauvres de plus en plus pauvres ? Dans une société qui place le mérite en tête des valeurs et assimile toute hausse d'impôt à une ingérence de " l'Etat nounou " (" Nanny State "), comment répartir dépenses publiques et recettes fiscales afin de préserver le financement des biens publics et de la protection sociale, tout en épongeant une dette qui bat des records ? Confrontés à un marché du travail dysfonctionnel et à une fiscalité largement considérée comme inique, les Américains voient leur mobilité sociale se dégrader et les inégalités se creuser. Face à eux, des politiques radicalisés par la nécessité d'emporter une large adhésion au sein de leur parti bloquent les processus des réformes indispensables. Les Etats-Unis ne sont pourtant pas sans atouts : leur capacité énergétique, leur force de frappe en matière d'innovation technologique sont autant d'avantages comparatifs qui font que, si le pays n' est plus un modèle, ils reste un important " laboratoire du changement ". Le temps de faire du " nation building " à la maison est venu, martelait Barack Obama lors de l'ultime débat préélectoral face à Mitt Romney, le 22 octobre. Ce livre met en évidence l'ampleur du défi à relever.

Audrey Fournier, LE MONDE, le 5 novembre 2012.