Mère déchaînée.

Seule. Journal de deuil, Danièle Rousselier

Son existence est jalonnée de suicides. Son père, son héros, un résistant communiste qu'elle glorifia dans Le Colonel Rivier est mort, s'est tué d'une balle à 44 ans, quand elle en avait 12. Sa demi-soeur psychotique a mis fin à ses jours en se jetant en se jetant du haut des falaises d'Etretat. Et, en 2002, sa mère octogénère et "mortifère" a fermé le robinet de la bombonne à oxygène qui la reliait à la vie, après avoir laissé une lettre sur le table : "Je m'en vais, je vous aime, Janine".

Mais pour sa fille, "je vous aime" est de trop. Dans le journal qu'elle a tenu aussitôt, Danièle Rousselier raconte en effet que sa mère, un monstre d'égoïsme, n'a jamais su l'aimer et l'a toujours repoussée. Au point que tout contact avec elle la "révulsait". Sa fille n'a osé enfin caresser le corps de celle qu'elle appelait Janine, et non maman, que sur son lit de mort, lorsqu'il était froid.

Froid et marbré comme ce petit livre où Danièle Rousselier - historienne et spécialiste de l'art - dresse un portrait terrible de la disparue en alcoolique anonyme, méchante, perverse, et solitaire.

Un livre où elle ne se ménage pas non p^lus, jugeant qu'elle a hérité de sa mère une dureté, une sècheresse, un égocentrisme, dont elle voudrait tant se débarrasser. Ce qu'elle réussit à faire tandis qu'apparaissent, jour après jour et de page en page, des regrets, des remords et des larmes. Le mot de la fin est "maman".

Jérôme Garcin, le 22 novembre 2012.