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Blog des ELS La Revue Littéraire
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dimanche 30 décembre 2012

2053. Qu'est-ce qu'un écrivain?

Quelqu'un qui a un éditeur.

Léo Scheer

2052. Mouche' de Marie Lebey par Anny Dimelow dans BRUXELLES NEWS

Est-ce l'effet du livre de Baudelaire, on parle déjà de Mouche' dans Bruxelles News :

Voici un roman d'une belle tenue, tracé avec une plume allègre et caustique.

Marie Lebey y dresse un portrait caricatural de sa mère qu'elle surnomme Mouche' et qui n'a rien à voir avec un totem hérité du monde du scoutisme. C'est que notre héroïne vit une curieuse d'enfance dans le giron d'une maman qui cherche constamment la beauté autour d'elle et qui s'épanouit dans les arts. Au point de ne pas prêter beaucoup d'attention à sa fille qui, curieusement, paraît terne à ses yeux.

Après le décès de son époux et de sa fille aînée, elle en arrive à perdre lentement ses repères, au point d'enfermer sa cadette dans une espèce de chambre verte, telle que François Truffaut l'a si bien décrite dans son film éponyme. Soit, un lieu entièrement habité de souvenirs et hanté par les fantômes des êtres chers trop tôt disparus. Pour lui échapper, la jeune Marie ne trouve qu'une issue : devenir belle et exister aux yeux des autres. Par elle-même. Pour elle-même.

Plutôt que d'emprunter un ton rageur ou dépité, l'auteur emploie tous les artifices de la tendresse pour décrire une situation compliquée et finalement s'offrir un exutoire à travers le regard des hommes qu'elle croise. Jamais il n'est question de vengeance ou d'amertume. Plutôt d'écrire une longue lettre d'amour à celle qu'elle continue d'aimer malgré tout. Contre tout !

Anny Dimelow, le 29 décembre 2012

jeudi 27 décembre 2012

2051. Pour une théorie de la valeur du manuscrit.

Quand j'étais étudiant,

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2049. mouche' de Marie Lebey dans TOUTELACULTURE.COM

Un très beau livre, inscrit dans un style incroyablement vivant. Sortie le 16 janvier 2013.

Surnommée Mouchka, alias Mouche' la mère de l'auteure est belge, fantasque, très cultivée et hantée par Proust, vacances familiales à Cabourg obligent. A moins que le refuge dans la référence culturelle soit une manière de se défendre de ressentir trop fort les remous de la vie. Un peu ridicule, parfois, à la Madame Verdurin, pouvant paraître froide même quand elle rétorque à sa fille qui lui annonce qu'elle a un cancer du sein que toutes les filles de ses amies ont la même chose, comme s'il s'agissait d'une mode et non d'une question de vie ou de mort! Et pourtant, cette femme ayant perdu très jeune son mari et fondu pour un grand chauve aimant en deuxième noce, déborde d'amour et de courage, à sa manière fantasque mais néanmoins communicative. Une originalité que sa fille, épouse de footballeur et mère de deux garçons qui la prennent pour une adolescente â?¦

Lumineux, débordant d'amour et d'humour, Mouche' peint en quelques touches une mère et une fille, leur comparaison, mais très peu leur relation. Et pourtant, cette dernière est là à chaque page, dans une complicité plus forte que la mort. Un amour inconditionnel, dans les deux sens, exprimé avec toute la légèreté qu'il mérite, dans des mots virevoltants que Mouche' aurait aimé, puisque cette grande lectrice reconnaissait que les livres de sa fille ont « un petit quelque-chose » (p. 124). Il y a un grand quelque chose dans la musique de Marie Lebey et une plume remarquable qui offre un livre de sa mère à la fois drôle, touchant et harmonieux.

« Je visais la première place, pas le milieu de tableau! L'excellence! Les émotions intenses! Pourquoi perdre mon temps avec monsieur tout le monde, alors que je pouvais vivre la même chose avec monsieur quelqu'un. Je n'étais attirée que par des hommes qui appartenaient à leur destin, et auxquels je ne m'attachais pas. des mythes de papier qui ne pouvaient pas me quitter. » pp. 77-78.

2050. Mouche' de Marie Lebey par Damien pour MEGWORLD

L'avis de Damien :

Mouche' est plus qu'un roman. C'est le témoignage d'une femme qui, ayant perdu sa mère récemment, ressasse des souvenirs comme le ferait tout un chacun. A ces bribes du passé se mêlent un certain nombre d'émotions : de l'amertume, de l'exaspération, de la gaietéâ?¦ mais surtout un amour omniprésent. Se mélangent des souvenirs d'enfance et des passages de la vie de sa mère accompagnés des commentaires de quelqu'un qui regarde en arrière avec nostalgie. Les deux femmes n'étaient pas proches. D'ailleurs au départ l'auteure ne comprend pas ce vide qu'elle ressent. En effet, depuis le décès de son père et de sa sœur, une sorte de mur séparait les deux femmes. Comme dans la plupart des familles, la fille ne comprenait pas la mère, trouvant ridicule cette manie de voir la beauté partout, ses origines belges qu'il ne faut surtout pas critiquer, les sorties culturelles qu'elle organisait pendant les vacancesâ?¦

Et pourtant au fil du récit et des réflexions, on sent que peu à peu Marie devient la femme qu'elle est aujourd'hui, en grande partie façonnée par Mouche' : c'est pour combler un manque affectif qu'elle devient une grande séductrice, pour que sa mère la remarque qu'elle se fait provocatriceâ?¦ C'est aussi gr?ce à sa manie de voir la beauté partout et son refus de vieillir qui ont permis à la narratrice de devenir une femme-enfant et de s'émerveiller sur le monde qui l'entoure.

Sur la forme, ce livre est très bien écrit. L'auteure a un style qui lui est propre sans pour autant devenir pompeux. Elle parvient à utiliser l'humour et l'ironie sans que cela n'altère les sentiments qu'elle transmet. Au contraire ces éléments ressemblent à des sourires forcés pour dissimuler le vide laissé par la disparition.

Je n'ai pas l'habitude de lire ce genre de roman. Pourtant j'ai été touché par ce témoignage d'une femme qui rend hommage à sa mère nous confiant tout ce qu'elle n'a pas su lui dire de son vivant avec une nostalgie non feinte.

samedi 22 décembre 2012

2048. Chaque semaine, Nathalie Rheims chronique la télévision pour LE POINT.FR

Depuis le 21.12.12, qui marque l'ère nouvelle du calendrier Maya, Nathalie Rheims publie, chaque semaine, une Chronique-Télé pour Le Point.fr.

1er article : Danse avec la fin du monde, le 21.12.2012

2047. Indociles de Laure Limongi par Marie-france Bereni Canazzi pour MUSA NOSTRA

Pour Laure Limongi, l'éditeur d'Ecrivains en séries, cette photo de son sosie s'imposait.

Sur le Forum Culturel de Musa Nostra ce billet sur Indociles, l'essai littéraire de Laure Limongi.

Jolie présentation, sobre, bon format, à peine plus grand qu'un poche, beau papier et une couverture qui annonce « essai littéraire sur Denis Roche, Hélène Bessette, Kathy Acker, BS Johnson ». Je l'ai présenté au dernier café littéraire, j'ai expliqué ce qui m'avait réjouie au fil des pages. C'est s?ur, quand on le découvre et qu'on est juste un lecteur, pas un chercheur, pas un spécialiste, les termes associés du sous titre, Essai littéraire, ça pourrait refroidir. Raison de plus quand on ne connait aucun de ces noms d'auteurs qui sont mentionnés ! Alors, qu'est-ce qui peut attirer ?

Dans mon cas le bandeau avec photo d'une jeune femme brune écrivant, au dos se superposant à la 4e de couverture, à l'intérieur aussi, des précisions, elle est écrivain (5 livres déjà !), elle est née à Bastia, et cela, avec le titre « Indociles » donne envie d'aller plus loin. Ce qui apparait d'emblée, c'est l'évidence, de naturel de l'écriture et de la lecture ; sous forme d'une conversation avec son lecteur, l'auteure promène avec aisance un miroir, le sien, d'un lieu à l'autre et d'une époque à l'autre, saisissant ce qui lui importe. Et justement dans ses souvenirs images, on se retrouve forcément quand on aime lire.

Ce livre apparait comme un cheminement entre autobiographie légère - et néanmoins parlante - et go?t des textes. Le mot « littérature » est là, très vite, dès la deuxième page, avec l'apparition de la notion d'exigence et l'évocation de son travail dans l'édition, à Paris, suite apparemment logique au go?t précoce des émotions et des textes forts.

Pourquoi ce titre ? Qui sont ces indociles ? Qu'est-ce que cette indocilité qui caractérise les auteurs présentés ? Forme interrogée, remise en question, refus de la facilité, dépassement des catégories (genres, notamment), tout à la fois. Leurs lecteurs sont mis à contribution aussi par ces écrivains plus nombreux qu'on ne le croit. La liste de noms peu souvent ou jamais entendus par moi et le choix de quatre d'entre eux révèle le parti pris de Laure Limongi qui a choisi de nous les présenter comme si elle nous prenait par la main pour nous accompagner et nous permettre d'accoster, pour peu qu'on soit un peu curieux mais intimidé, sur ces rives qui déconcertent mais où les rencontres sont gratifiantes.

Oui, on a, comme elle, souvent pensé qu'il fallait autre chose, que « les rivières étaient trop paisibles, les ciels trop bleus, les regards trop échangés, les poitrines trop d'alb?tre, les gentils trop victimes. » dans nos livres. Mais le courage faisait défautâ?¦Et puis on aime lire les auteurs dont on parle, qui vendent. Laure Limongi sait donner envie de la suivre, de se retourner vers ces auteurs, juste en soulignant ce qui mérite de l'être. Tiens, j'aime savoir que Bessette, mère de 2 enfants, divorcée d'un pasteur, a été remarquée par Raymond Queneau qui lui a fait signer un contrat avec Gallimard et que sur son premier livre, Lili pleure, en 1953, il avait fait placer un bandeau , « Enfin du nouveau ! » (p.73) Et de Kathy Acker , celle qui invente, recrée un langage , repense Don Quichotte qui « devient « une chevalier » rendue folle par un avortement â?¦, que sa quête est la suivante : « L'idée la plus insensée que jamais femme p?t concevoir. C'est à dire, aimer. ». Elle écrit encore « J'écris des mots pour vous que je ne connais pas ni ne peux connaitre, pour vous qui serez toujours différents de moi et me serez étrangersâ?¦ ».

Laure Limongi analyse sa démarche, nécessaire.« Contre la standardisation, Kathy Acker brandit l'organique, le viscéral. Tout pour ne pas devenir « robot », un terme récurrent qui signifie pire que la mort : la destruction par négation des pulsions de vie, l'absence d'intelligence, la docilité. (p.139) Je vais chercher l'un de ses titres ; pour le coup, je veux éprouver le texte. Quand à SB Johnson, «auteur téméraire », mélancolique, il apparaît ici comme l'homme du « déhanchement » du déséquilibre. Je comprends, tout n'est que tensions et point de fuite. Il a rencontré sa « muse », a beaucoup aimé, souvent malheureux, a repris des études trop tôt délaissées. Et il change la façon d'écrire, il complique, il recrée. Attendons d'avoir l'un de ses livres en main.

Et Denis Roche dont les essais de littérature arrêtée utilisent indistinctement pour nommer l'écriture la forme du journal intime et la photo, les deux pratiques "s'intriquant intimement."(p.44) D'où l'étonnement du lecteur qui éprouve vite le charme de cette balade en littérature moderne, du départ à la BU célèbre, qu'on reconnait même si on n'a pas fréquenté la même, ses confidences, la douleur en pointillés, en filigrane, l'avancée en ?ge, en assurance. Et on se retrouve à aimer, sans les avoir lus, par ses yeux et ses mots, ces écrivains indociles. On est dans la confidence ; on aime en confiance! Ne va-t-on pas être déçu tant le guide est habile ? Il y a de cela quelques années un livre au titre un peu réducteur (Comment parler des livres qu'on n'a pas lus ?) pouvait amener ou ramener à certains livres dont à nouveau l'intérêt apparaissait; il en fut de même ici, j'ai avec l'auteure savouré le charme d'?uvres dont je n'ai en tête que le nom d'auteur et le titre et qui pourtant me sont devenues familières. Leur mérite ? Etre sortis des routes balisées, d'après Laure Limongi, avec talent.

Amour du livre, du texte, partage, comme on se retrouve, se reconnait, nous qui lisons comme nous respirons , même si ce n'est pas au même rythme ! Entre touches légères d'érudition, confidences, pudeur, suggestions et conseils, Laure Limongi m'a fait passer un très bon moment.

Marie-france Bereni Canazzi, décembre 2012

mercredi 19 décembre 2012

2046. La Soirée Obama de Isabelle Miller par Aurèl pour LES BAVARDAGES D'AURÈL

Nouveautés du Web ou d'ailleurs, beaucoup de choses m'interpellent et m'intéressent. J'aime découvrir et partager, c'est la principale raison d'être de ce blog ! Voici donc mes nouvelles découvertes, mes coups de coeur, mes humeurs...En espérant vous faire réagir, lire, écrire, rire ou que sais-je encore, je vous souhaite une très bonne visite. C'est par ces mots qu'Aurèl nous accueille sur son excellent site littéraire. Puis, à propos du roman d'Isabelle Miller, La Soirée Obama, elle écrit :

Ce roman est une prouesse littéraire et stylistique. Extrêmement travaillé, on ressent en le lisant les heures de construction que l'auteur y a passées, on l'imagine revenant sans cesse en arrière, peaufinant ses phrases, ses histoires, ses motsâ?¦ C'est pour cette raison qu'il s'agit là d'une ?uvre qu'il faut, malgré son format qui donne envie de le lire d'une traite, prendre le temps de lire et de comprendre.

L'abord n'est pas aussi simple et transparent qu'un Katherine Pancol, c'est évident, mais c'est aussi ce qui fait de La soirée Obama une ?uvre infiniment plus intéressante. Car quel intérêt et quel plaisir à lire un livre (autrement que sur une plage!) auquel on s'attend, qu'on n'a pas besoin d'appréhender pour en comprendre toutes les aspérités et toucher du doigt le travail de l'auteur ?â?¦

Il s'avère que je l'ai rencontrée Isabelle Miller, à l'occasion d'une séance de dédicace où j'ai pu discuter quelques minutes avec elle et saisir la passion de la littérature qui l'anime. J'ai aussi appris qu'elle avait mis pas loin de 2 ans pour écrire ce livre de 140 pages. Elle a choisi la qualité à la quantité, et elle a bien raison, parce qu'aujourd'hui c'est rare et surtout précieux. Ses personnages n'en perdent pas pour autant en psychologie (bien au contraire!) ni en profondeur, ses phrases sont parfaitement ciselées et ses scénarii creusés. Ma devise ultime à ce sujet : dans la 'guerreâ? qui oppose les petits diamants bien taillés aux gros Zyrcon peu travaillés, je choisis sans hésiter les premiers. Et cela a toujours porté ses fruitsâ?¦

Si je devais résumer cet ouvrage par une expression, je choisirais sans aucun doute la si connue 'Le diable est dans les détailsâ?. Car c'est typiquement le genre de livre qu'on ne lit pas de la même façon si c'est la première, la deuxième ou la troisième fois. Ceux qui me suivent depuis quelques temps savent que c'est pour moi un critère discriminant pour affirmer que je tiens là un bon livre. Il peut alors y avoir plusieurs formes à cette redécouverte permanente : soit la fin est tellement surprenante qu'en la connaissant l'histoire n'a plus le même sens, soit les mots sont si travaillés qu'à la relecture ils prennent tout leur sens, ou encore -et c'est sans aucun doute le cas du roman d'Isabelle Miller-, la structure est si minutieusement pensée et écrite, que des rappels sont sans cesse introduits entre les parties, des mots répétés, des noms redonnés, des références subtilement glissées, etc. Et on n'a alors qu'une envie en le lisant, c'est de revenir en arrière, comme un jeu de piste, de chercher où se cachait déjà auparavant cette référence, où est-ce qu'on a déjà lu ce prénom, entendu cette phrase, rencontré ce personnageâ?¦ C'est à ce moment-là que tout s'illumine et que le terme 'romanâ? prend tout son sens.

Car oui, à l'ouverture du livre, et jusqu'au 3ème chapitre environ, il nous semble être en possession d'un recueil de nouvelles : chaque histoire est différente, les personnages ne sont pas les mêmes d'un chapitre à l'autre. Là encore, un véritable exercice de style, car tout est narré d'après le point de vue interne du personnage principal (qui change donc à chaque partie) et à la première personne. Sauf que l'ensemble est écrit par une seule personne, et que c'est imperceptible. Elle est là la prouesseâ?¦

Des nouvelles qui n'ont rien à voir et pourtant un thème commun: la célébrité. Ou plutôt l'approche de celle-ci. Car chaque histoire ne raconte pas celle d'une célébrité, mais celle de celui qui se trouve 'tout prèsâ?. D'où les titres des parties: sa fille, son agent, son livre, son muséeâ?¦ Tous ces gens 'à côtéâ?, qui la frôlent mais ne la touchent pas, et qui en sont pourtant si près qu'ils pourraient s'en br?ler les ailes.

Et voilà que le fil rouge n'est pas simplement ce thème de la célébrité, mais une soirée, qui se déroule au premier chapitre (à l'occasion de la première élection de Barack Obama) et où tous les personnages que vous rencontrerez par la suite sont présents. Un conseil donc, lisez ces premières pages attentivement pour vous familiariser avec ceux qui vous accompagneront ensuite pendant votre lecture.

Aurèl, le 18 décembre 2012

Comme vous le voyez, je pourrais vous en parler pendant des pages, car une construction si étudiée donne des envies d'envolées lyriquesâ?¦! Mais je rentrerai à présent dans le vif du sujet pour vous faire part de mon coup de c?ur, l'avant-dernier chapitre, Son livre. Un hymne à l'amour, à l'écriture et à l'amour de l'écriture, dont voici de loin mon extrait préféré :

'Chacun porte en soi un livre rêvé, le livre idéal qui dit tout de nous et du monde. Il arrive parfois que l'on trouve ce livre déjà tout fait, fort commodément écrit par quelqu'un d'autre, ce qui nous dispense de l'écrire nous-même. Il peut s'agir de Babar l'éléphant ou de É la recherche du temps perdu. On le referme ébloui, apaisé, prenant rendez-vous avec soi dans le futur pour le relire. Je crois qu'un écrivain est un malheureux qui doit se résoudre à écrire son propre livre après avoir bien vérifié dans les librairies et dans les bibliothèques que décidément personne d'autre ne l'a écrit à sa place. Aussi, plus il y a de livres, moins a-t-on besoin d'écrivains.â?

Et bien voilà Madame Miller, ça c'est exactement le genre de paragraphe que j'aurais aimé écrireâ?¦ Et si, on a encore besoin d'écrivains. D'écrivains comme vous.

mardi 18 décembre 2012

2045. Laisser les cendres s'envoler de Nathalie Rheims par Stéphane Bret pour LA CAUSE LITTÉRAIRE

La Cause littéraire est un site qui entend "servir la cause littéraire".

Comment amortir le choc consécutif au départ d'une mère du foyer familial lorsque l'on est ?gée de 13 ans, et que l'on appartient à l'une des familles les plus prestigieuses d'Europe, les Rothschild, dont on découvre sans peine l'identité dans le récit de Nathalie Rheims, Laisser les cendres s'envoler, sans qu'elle mentionne leur nom dans l'ouvrage.

Le titre aurait pu être libellé à l'impératif, c'est l'infinitif du verbe qui est retenu, pour une raison simple : ce travail de deuil de la disparition de sa mère a été long, douloureux, source de recherches sur sa famille, sur les pratiques de cette dernière, sur ses ascendants. Il s'impose comme un constat à la fin du livre, et non comme un impératif.

Ainsi, Nathalie Rheims nous suggère-t-elle que sa mère, enfant elle-même issue du remariage de son grand-père, aurait été fragilisée dans l'atteinte de son propre équilibre affectif. Ce dernier, sa mère semble l'atteindre en tombant amoureuse d'un peintre prétendument avant-gardiste dont Nathalie Rheims tourne en dérision les prétentions, l'arrogance intellectuelle, et surtout la place qu'il prend dans la vie de sa mère, excessive à ses yeux, car provoquant son exclusion affective de la famille.

Il y a dans le récit de Nathalie Rheims toute une description des mœurs, pratiques et jugements engendrés par l'appartenance à ce milieu, celui de la haute bourgeoise financière, ainsi, de l'utilisation du silence en lieu et place de l'échange : « Ce qui était important était mis sous embargo et plus les événements méritaient que l'on en discute moins on en discutait. Parler n'était qu'un signe de faiblesse, la pratique d'un monde qui n'était pas le nôtre ».

L'auteur évoque également une autre source de souffrances personnelles, celle de la corruption des sentiments, après avoir appris qu'elle était déshéritée : « Non, ce n'était pas l'aspect matériel qui me hantait, cette tromperie-là me semblait dérisoire et mesquine, ce qui me blessait, c'était la fraude des sentiments ».

Nathalie Rheims traverse de multiples épreuves pour surmonter cet abandon : une vie matérielle précaire, une découverte de l'amour tourmentée et douloureuse, l'atteinte de l'anorexie corporelle. Elle énonce que l'éloignement de son milieu d'origine l'a délivrée d'une dette et du sentiment de culpabilité, étape peut-être décisive pour qu'elle fasse son deuil de cet abandon maternel. Il y a dans les dernières pages du livre d'intéressantes réflexions sur les comportements des grands financiers : « Devenir le mécène d'un artiste, dont on se dit qu'il accédera à la postérité est un moyen de triompher de la mort ».

Autre constat amer : le pari sur la survenance du pire qu'entretiendraient, selon l'auteure, les financiers : « L'art de prévoir le pire, tel était le savoir-faire à transmettre pour fabriquer ces princes de la finance, et que leur règne se perpétue de père en fils. Le pire, il fallait l'envisager en permanence et ne jamais le perdre de vue. Trouver des moyens pour le voir venir avant les autres ».

Le récit de Nathalie Rheims est empreint de cruauté, de drôlerie parfois, d'amertume, d'une juste distanciation vis-à-vis de ce contentieux familial à la résorption duquel elle nous convie avec délicatesse et justesse. La plume est acérée, les observations pertinentes mais non exemptes d'ironie.

La phrase finale du livre sonne comme un verdict. Evoquant les conséquences du décès de sa mère sur les relations familiales, l'auteure conclut ainsi : « Les uns et les autres se repliaient sur leurs secrets. Tandis qu'elle emportait le sien dans le néant, j'étais devant la tombe de ma mère inconnue ».

Peut-on être plus clair ?

Stéphane Bret le 10 décembre 20123

lundi 17 décembre 2012

2044. La Chasse spirituelle d'Arthur Rimbaud postface de Jean-Jacques Lefrère par Grégoire Leménager dans LE NOUVEL OBS

Le 29 mai 1949, la nouvelle fit l'effet d'une bombe à fragmentation. Dans COMBAT, Maurice Nadeau publiait avec Pascal Pia "un document littéraire exceptionnel que l'on croyait perdu depuis 1872", un "inédit sensationnel d'Arthur Rimbaud" qu'évoquait une lettre de Verlaine.

Aussitôt, Leiris s'attend à un "bouquin exceptionnel", Mauriac médite un article dithyrambique, Gaston Gallimard cherche à qui sont les droits. Trop tard. Le poème en prose paraît au Mercure de France. Il s'intitule "La Chasse spirituelle". Il est surtout l'occasion de sortir les fusils.

Léautaud soupçonne une "forgerie de Pascal Pia". Mais le premier à dégainer est André Breton. Il a du bol. On l'a prévenu que le texte est trop rimbaldien pour être de Rimbaud, il dénonce un "travail laborieux de pastiche".

De leur côté, deux comédiens font savoir qu'ils sont les auteurs de ce canular, mais que c'est Aragon qu'ils voulaient piéger. Tant pis pour l'article de Mauriac. Le FIGARO le trappe. C'est le chaos. Chamson et Maurois débattent à la radio. Le Mercure rembourse les mécontents. On réclame une réunion d' "arbitrage". Paulhan s'en mêle prudemment. Caradec, carrément. De fausses lettre circulent. Ce n'est plus Saint-Germain-des-Prés, c'est l'UMP de Copé. On en parle dans FRANCE SOIR , qui se demande si "Rimbaud fera couler du sang", à Charleville dans l'ARDENNAIS au Caire dans le PROGRÉS ÉGYPTIEN.

Cette histoire de faux est une histoire de fous. Comment s'y retrouver ? En lisant le formidable travail de Jean-Jacques Lefrère, rimbaldien bien connu et coauteur des Mystifications du XIXe siècle (Du Lérot, 40â?¬). Sa longue postface à La Chasse spirituelle que Léo Scheer a le culot de rééditer comme si c'était peut-être du Rimbaud, vaut bien des thrillers.

De 1872 à nos jours, il a tout épluché,et déniché des documents qui montrent, à travers des coups de billard à douze bandes, comment ce gag a pu créer une des plus violentes polémique littéraire du XXe siècle. Il martèle surtout que Pia voulait contraindre un collectionneur à exhiber enfin le véritable manuscrit. Son livre est là pour ça aussi. La chasse est ouverte.

Grégoire Leménager, le 13 décembre 2012

dimanche 16 décembre 2012

2043. L'océan d'un noir si bleu

Sur le site de cet éditeur, on peut lire une "lettre ouverte aux auteurs" dont un paragraphe répond à cette question centrale :

"Comment nous soumettre vos projets :

L'éditeur précise :

Pour faciliter la prise de connaissance de vos propositions, nous vous demandons de privilégier un envoi par courrier électronique. Celui-ci devra comporter :

- Une notice de présentation du projet (note d'intention) ;

- Une présentation de vous-même (note bio-bibliographique) ;

- Un extrait significatif de votre ouvrage (au moins une trentaine de pages ou deux nouvelles s'il s'agit d'un recueil).

- Vous pouvez nous envoyer vos propositions à l'adresse indiquée ci-dessous soit sous un format Word (en .doc, .docx ou .rtf), soit eventuellement en pdf. Dans tous les cas, veillez à identifier clairement vos textes et à les proposer avec une mise en page claire (corps 12 et interligne de 1,5).

Des observateurs perspicaces de l'univers impitoyable de l'édition, ont noté qu'il y avait deux stratégies pour faire face à l'afflux des manuscrits : celle d' Un noir si bleu et celle que nous tentons de mettre en oeuvre avec l'out-sourcing du Comité de Lecture Elargi de m@n.

En réalité les deux démarches se rejoignent. Nous proposons, avec la "passerelle" entre m@n et les ELS d'avoir d'une part une présentation qui ressemble fort à celle de D'un noir si bleu, prenant modèle sur nos fiches commerciales, donc un peu plus développée pour la présentation mais beaucoup moins pour les extraits et, d'autre part, le manuscrit lui-même en fichier numérique.

Rien ne me semble plus passionnant dans notre métier que la stratégie, toujours très personnelle, que chaque éditeur doit mettre en oeuvre pour découvrir, naviguer, savoir se repérer sur l'océan des écritures. Sous l'effet de l'irrésistible ascension du numérique, un jour, le monde des manuscrits deviendra peut-être plus important et décisif que celui des livres. Qui sait ?

samedi 15 décembre 2012

2042. Mouche' de Marie Lebey par JPG pour Dolcerama

Avant-papier sur le site de Dolcerama :

Mouche', drôle de surnom pour une mère, surtout avec cette apostrophe en coin comme un clin d'oeil espiègle et affectueux.

Dans ce signe transparaît la fantaisie qu'elle partage avec sa fille romancière. Marie Lebey esquisse une caricature de sa mère, légèrement ridicule, avec son côté Madame Verdurin pour qui l'art et la beauté sont partout, sauf chez sa fille qu'elle ne voit pas. Elle va jusqu'à moquer ses origines belges dont Baudelaire dresse le portrait au vitriol dans Pauvre Belgique !

Après la mort de son mari et de sa fille aînée, Mouche' a un peu perdu la raison et enfermé sa fille dans un musée peuplé des fantômes de ses ancêtres et de ses écrivains fétiches.

Pour lui échapper, celle-ci n'avait pas d'autre issue que de devenir une femme, belle et séduisante, captant le regard des hommes dans le seul but d'exister enfin aux yeux de quelqu'un.

C'est original, c'est bien écrit et drôle... et c'est avant tout une belle lettre d'amour...

JPG, le 15 décembre 2012

(Mouche' de Marie Lebey sera en librairie le 16 janvier 2013)

2041. La Chasse spirituelle d'Arthur Rimbaud postface de Jean-Jacques Lefrère par Emmanuel Pierrat dans LIVRES HEBDO

La chasse au faux

Les faux littéraires sont de trois natures.

Il existe d'une part d'habiles pasticheurs, ayant réussi à tromper éditeurs et critiques. Cette catégorie comprend aussi bien des textes « inédits » de grands auteurs décédés. C'est ainsi que Les Silènes, publié en 1926 sous la signature d'Alfred Jarry, près de vingt ans après sa mort, est vraisemblablement l'œuvre de Pascal Pia. Celui-ci a été également mêlé à la fameuse Chasse spirituelle, attribuée un temps à Arthur Rimbaud. Face à une telle situation, l'absence de manuscrit permet assez vite d'étayer les suspicions.

Jean-Jacques Lefrère, notre grand rimbaldien, vient d'ailleurs de signer une postface de 266 pages au texte de la fameuse Chasse. Edition à laquelle il a joint, en plus d'une sorte d'immense chronologie commentée de la bataille littéraire, tout ce qu'il a pu « retrouver, autour de Rimbaud, en fait de pastiches, parodies, imitations, écrits attribués et contrefaçons ». Certains sont « remarquables », tandis que d'autres « ne rutilent pas au zénith de la poésie ».

Plus délicate est l'hypothèse de l'écrivain inventé de toutes pièces, tel Julien Torma, créature issue de l'esprit de pataphysiciens. Toutefois, là encore, la multiplicité des intervenants au fil des années permet de les confondre aisément lorsqu'il s'agit de se pencher sur les manuscrits, voire sur les tapuscrits.

Reste le cas du faussaire professionnel cherchant à tirer un profit pécuniaire de son habileté. Le plus extraordinaire mystificateur littéraire, Vrain-Lucas, a ainsi fabriqué, de 1861 à 1869, plus de 27 000 fausses lettres pour le mathématicien Michel Chasles, collectionneur enragé, membre de l'Institut, et auteur d'un théorème fameux. Les preuves apportées à son procès étaient éloquentes : les lettres de Cléop?tre à Jules César, de Charles Martel au « duc des Maures », de Rabelais à Luther, de Jeanne d'Arc, de Charlemagne, de Pascal au « jeune Newton », étaient toutes rédigées en français pseudo-ancien et sur des papiers similaires, plus ou moins vieillis pour l'occasion. Vrain-Lucas s'en tira avec un séjour de deux ans en prison.

Rappelons à tous les plaisantins littéraire que, à l'heure actuelle, aux termes du Code pénal, « constitue un faux toute altération frauduleuse de la vérité, de nature à causer un préjudice et accomplie par quelque moyen que ce soit, dans un écrit ou tout autre support d'expression de la pensée qui a pour objet ou qui peut avoir pour effet d'établir la preuve d'un droit ou d'un fait ayant des conséquences juridiques ». Et l'article L. 4412-1 de préciser que « Le faux et l'usage de faux sont punis de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. »

Emmanuel Pierrat le 13 décembre 2012

samedi 8 décembre 2012

2040. Comité de Lecture Élargi (m@n) des manuscrits reçus par les ELS

Ce message s'adresse aux 1.500 auteurs qui ont eu l'obligeance de nous faire parvenir un manuscrit sous forme de fichier numérique au cours de l'année 2012 et à ceux qui souhaitent nous soumettre leurs textes pour publication à l'avenir. Les E.L.S ont créé, pour avancer dans la lecture et la pré-sélection de ces textes, un "Comité de Lecture Élargi", à partir de la plateforme m@n, disposant d'un pouvoir consultatif et comptant actuellement 250 lecteurs. Nous allons soumettre l'ensemble des manuscrits reçus par les E.L.S. à ce comité de lecture, première étape du processus de sélection, sachant que dans notre nouvelle politique éditoriale nous envisageons la publication d'une vingtaine de livres par an.

Léo Scheer

jeudi 6 décembre 2012

2039. Plagiat de Myriam Thibault par Daniel Fattore dans FATTORIUS

Sur son blog littéraire : FATTORIUS où il cite Marc Bonnant : "Parler avec exigence, c'est offrir à l'autre le meilleur de ce que peut un esprit.", Daniel Fattore évoque le troisième livre de Myriam Thibault, son deuxième roman : Plagiat

Les vicissitudes d'un Chateaubriand 2.0

"Chateaubriand 2.0": à la fois romantique et moderne, l'expression fait partie des inventions verbales de "Plagiat", le deuxième roman de Myriam Thibault, paru une fois de plus chez Leo Scheer. Une formulation qui relève du procédé? C'est surtout une trouvaille intéressante et décadente, ainsi explicitée par l'auteur: "On ne trouve plus que des Chateaubriand version 2.0 ne sachant plus quoi faire pour cracher, à qui veut l'entendre et à qui ne le veut pas, leur égocentrisme démesuré.". Si la littérature de ce début de XXIe siècle est le royaume de l'égotisme, force nous est de constater que Myriam Thibault, auteure de "Plagiat", a frappé juste. Mais il n'y a pas que ça dans ce roman, qui se veut aussi un regard sur le monde des auteurs parisiens en vue - il est permis de penser à Frédéric Beigbeder, même si le personnage principal de "Plagiat n'impose pas cette figure sur ce coup-ci''.

Rappelons donc qui est le personnage principal de ce récit, ce "je" qui ne dit pas son nom. Le lecteur est amené à penser à n'importe quelle star du monde littéraire - Frédéric Beigbeder peut-être, ou toute autre célébrité qui oscille entre la nécessité de publier une fois par an (qu'il y ait inspiration ou non) et la simple idée de donner corps à sa vie sentimentale. Largué par sa dernière conjointe et pressé de publier un nouveau livre, il va exploiter la manière de sa propre existence - et celle de son entourage, ce qui est gênant.

Le personnage principal cultive les paradoxes, écrit l'auteur. Le lecteur peut s'interroger: un personnage peut-il être paradoxal sans prêter le flanc à une critique avide de cohérence? L'auteur opte, non sans habileté, pour un personnage qui assume globalement ses contradictions, réussissant le tour de force d'être à la fois un misanthrope cynique (le chapitre "Tous des cinglés", p. 55, en est une image forte) et un gars prêt à pleurer lorsqu'on lui demande un autographe dans les salons hors capitale - et à vivre très bien dans une localité de province, loin de sa cour.

Ce roman fonctionne donc comme l'histoire d'un homme qui vit la fin d'une vie de couple - et dont le roman va précipiter la chute de son ménage, à la faveur d'éloignements et de rapprochements favorables. Un juriste serait certes en droit de se demander si copier dans son roman les lettres de son ex relève du plagiat ou de la simple atteinte à la vie privée; l'auteur ne choisit pas.

Le lecteur qui suit Myriam Thibault depuis son premier recueil de nouvelles trouvera dans "Plagiat" une nouvelle avancée dans l'art romanesque de l'auteur. En particulier, les longueurs un peu vaines d'"Orgueil et désir" sont gommées au profit d'un ouvrage qui tient debout sans fioriture. En arrière-plan, c'est le milieu de l'édition littéraire parisienne qui prend forme, avec toutes ses méfiances qui s'expriment derrière la façade mondaine; quel éditeur peut jurer qu'il n'y a jamais eu d'affaire de plagiat sous son toit?

Et si le coeur de ce roman bat à Paris, l'histoire n'hésite pas à se balader en province. Faut-il y voir un clivage trop traditionnel? A voir, en considérant que d'une partie et d'un chapitre à l'autre, d?ment nommés en fonction des lieux où ils se déroulent, on déménage. Et en sachant aussi que seule une provinciale, tourangelle en l'occurrence, a pu écrire "Paris je t'aime" en y mettant l'indispensable émerveillement requis par le sujet. C'est dans cette lignée que le roman "Plagiat", témoin d'une indéniable maturité, s'inscrit.

Daniel Fattore le 6 décembre 2012.

PS. Brigitte Kernel a également aimé Plagiat et l'écrit dans Cosmopolitan.

mercredi 5 décembre 2012

2038. Hysterical literature de Clayton Cubitt.

Irrésistible plaisir de lire.

lundi 3 décembre 2012

2037. Entretien sur "La Chasse spirituelle" d'Arthur Rimbaud entre Jean-Jacques Lefrère et Jérôme Dupuy pour L'EXPRESS

Mais qui est l'auteur du faux Rimbaud?

C'est sans doute le plus célèbre faux de la littérature française. En 1949 parait dans les colonnes de Combat un long poème attribué à l'auteur d'Une Saison en enfer. Vrai scoop ? Supercherie ? Le milieu littéraire va férocement s'écharper pendant des mois. Le grand rimbaldien Jean-Jacques Lefrère, qui a bien connu plusieurs protagonistes de l'affaire, en révèle les dessous dans une passionnante enquête. Entretien.

La Chasse spirituelle, un inédit de huit pages d'Arthur Rimbaud, surgit spectaculairement un beau jour de 1949 dans Combat, qui constelle les kiosques de Paris d'affichettes révélant son scoop. Que savait-on de ce poème jusqu'alors?

On n'en connaissait guère que le titre. Il s'agissait d'un manuscrit en prose, confié par Rimbaud à Verlaine, lequel l'avait laissé au domicile conjugal lorsqu'il avait quitté brusquement la France, en 1872, pour suivre son ami, dans l'équipée qui allait conduire les deux compagnons d'enfer à Bruxelles, avec la fin brutale et tragique que l'on sait. Verlaine, par la suite, tentera de rentrer en possession de divers effets personnels et manuscrits laissés dans le foyer abandonné, dont plusieurs écrits de Rimbaud, mais sans résultat : La Chasse spirituelle resta dans sa belle-famille, comme les autres écrits de Rimbaud, comme ce poème magnifique, intitulé Famille maudite, que l'on a retrouvé il y a quelques années, en provenance presque directe de la belle-famille de Verlaine. Plus tard, alors que Rimbaud était parti pour d'autres horizons, Verlaine montrera une constance remarquable, durant plusieurs années, pour remettre la main sur, je cite, ce "manuscrit dont le titre nous échappe et qui contenait d'é­tranges mysticités et les plus ai­gus aperçus psychologiques".

En même temps que Combat, Le Mercure de France publie l'intégralité de cette Chasse spirituelle sous forme de livre. Est-ce du "bon", du grand Rimbaud?

Le texte a beaucoup déconcerté à sa parution, et il y avait sans doute de quoi. Il rappelait tout à fait, par son ton, bien des passages d'Une saison en enfer. D'un autre côté, j'ai quelque difficulté à concevoir ce que peut être du "bon" Rimbaud, ce qui implique qu'il en est du mauvais. Il est clair que si l'on publiait aujourd'hui Un coeur sous une soutane ou les pièces de l'Album zutique, sans reproduire leur manuscrit en fac-similé, nombre de gens crieraient au faux en clamant que c'est trop "mauvais" pour être du poète de Bateau ivre.

A peine La Chasse spirituelle parue, un homme et une femme prétendent en être les auteurs. Qui sont-ils ? Et pourquoi auraient-ils commis ce faux Rimbaud?

Ils s'appellent Nicolas Bataille et Akakia Viala (un pseudonyme, dont le prénom signifie en grec "sans malice"). Le premier a été figurant dans Les Enfants du Paradis et sera plus tard le metteur en scène de la Cantatrice chauve au thé?tre de la Huchette ; la seconde est bibliothécaire à l'Idhec (Institut des hautes études cinématographiques). Ils ont porté sur les planches, l'année précédente, Une saison en enfer, et la critique n'a pas toujours été tendre pour leur initiative. Aragon, notamment, a fustigé leur mise en scène... sans même être allé voir la pièce ! Nicolas Bataille et Akakia Viala prétendront que, pour se venger, entre autres d'Aragon, ils ont composé un faux Rimbaud, en le coiffant du titre de cette oeuvre perdue, La Chasse spirituelle. Pour habiller leur geste, ils expliqueront qu'un vieux collectionneur les a contactés à l'issue d'une représentation et leur a montré le fameux manuscrit.

Comment parviennent-ils à piéger des spécialistes de Rimbaud?

Via un libraire auquel Bataille et Viala l'ont glissé, de grands connaisseurs du poète, Maurice Saillet, Maurice Nadeau et Pascal Pia, ont entre les mains ce texte. Ils ne croient pas du tout à leur version. Ils viennent de publier des passages de La Chasse dans Combat et la totalité du texte en volume. Pascal Pia révèle qu'il a eu connaissance, il y a longtemps, de la vente du manuscrit de La Chasse spirituelle par un libraire. Les protagonistes sont en place, la bataille Rimbaud va commencer. Est-elle terminée ? Les jours prochains le diront.

Alors que Mauriac fut à deux doigts de publier dans Le Figaro un article s'extasiant sur cette Chasse spirituelle, un homme, et non des moindres, André Breton, prétendra, le jour même de la sortie de Combat, à partir d'une simple analyse littéraire du texte, que le poème de Rimbaud est un "faux". Soixante ans après, on ne peut que saluer sa clairvoyance. Pourtant, on vous sent un peu réservé sur sa réaction. Pourquoi?

Loin de moi l'idée de desservir le rôle de Breton dans la circonstance. Mais les choses ne se sont pas passées comme la postérité les a rapportées. On a parlé de la clairvoyance d'un grand poète pour juger l'oeuvre d'un autre grand poète. L'explication n'est pas fausse, mais elle est incomplète, car elle fait abstraction de ceci : Breton avait déjà eu à débattre sur des attributions de textes à Rimbaud et connaissait parfaitement le contexte biographique et historique du poète, et surtout il avait été prévenu par deux libraires que le texte qu'allait publier le Mercure de France n'avait pas la garantie d'authenticité que peut conférer la découverte d'un manuscrit autographe. Qui plus est, le nom de Pascal Pia, qui l'avait déjà piégé avec un faux poème d'Apollinaire, ne pouvait que le conforter dans ses soupçons. Il n'empêche qu'il faut reconnaître la fermeté et le courage de sa lettre dénonçant le faux : si le Mercure de France avait répliqué en exhibant un manuscrit, Breton aurait perdu la face.

Les deux auteurs du faux, Bataille et Viala, ne pensaient pas que leur canular prendrait les dimensions d'une polémique nationale. Ils organisent une incroyable conférence de presse pour s'expliquer, chez Lipp, mais, étrangement, ne parviennent pas à prouver qu'ils sont bien les auteurs de cette Chasse spirituelle. Pourquoi?

En effet, leur explication n'a pas convaincu tout le monde. Ils ont eu beau présenter des notes de travail, des pages de brouillon, on leur a rétorqué qu'ils auraient très bien pu les fabriquer après coup. En réalité, il faut se replacer dans le contexte de l'année 1949. On vivait à l'heure de Rimbaud : découvertes et publications se multipliaient. La publication de La Chasse spirituelle a eu un écho immense, car elle répondait parfaitement à une attente : l'espoir de retrouver ce texte mythique. Et voilà que deux comédiens inconnus annoncent qu'ils en sont les véritables auteurs, qu'ils ont monté un canular. Ceux qui ont donné foi au texte prétendent que c'est la revendication de la paternité de ce texte qui est en réalité une mystification ! Ajoutez-y les désirs de règlements de compte entre surréalistes et critiques et les oppositions politiques entre journaux qui s'emparent de l'affaire (Le Figaro contre Combat)...

Vous avez été proche du grand critique Pascal Pia (1903-1979), dont vous avez d'ailleurs récemment préfacé les Chroniques littéraires (Editions du Lérot), ainsi que de Maurice Nadeau, aujourd'hui ?gé de 101 ans. N'ont-ils pas été imprudents en publiant un texte dont ils n'avaient jamais vu le manuscrit?

Il est incontestable qu'ils n'avaient pas vu le manuscrit, mais Pia avait appris la survie et donc l'existence d'un manuscrit de La Chasse spirituelle. Tous deux ont fait confiance à Maurice Saillet, dont ils tenaient le texte et qui n'était pas le premier venu en matière d'histoire littéraire. Il est évident que l'objectif de Pia, avec la publication de ce texte, était de débusquer le manuscrit, en espérant que son détenteur se manifesterait, ne serait-ce que pour dire que le texte publié n'était pas conforme au manuscrit. Le problème est qu'aucun collectionneur ne s'est fait connaître en 1949.

Breton ira jusqu'à consacrer un pamphlet entier à l'affaire, Flagrant délit, ne ménageant pas Pia, Saillet et Nadeau. Ce dernier dira, plus tard avoir traîné cet épisode comme une "casserole". Ces trois hommes ont-ils été durablement marqués par cette polémique?

Ce que je puis dire, c'est que les protagonistes de La Chasse spirituelle avec lesquels les hasards de la vie m'ont mis en relation ne m'ont pas donné l'impression d'être sortis indemnes du combat. Il faut dire que la polémique de 1949 a été très violente, et qu'elle survenait sur un fond de grande tension entre Breton et ces trois grands critiques, qui ne l'avaient vraiment pas ménagé. Saillet et Nadeau, surtout, avaient fait montre, dans leurs articles sur Breton, d'une ironie que ce dernier ne pouvait tolérer. Pour Breton, cette occasion d'une revanche était trop belle.

Vous publiez un étrange fac-similé du manuscrit du poème en quatrième de couverture de votre livre. De quoi s'agit-il exactement?

Comme vous, je constate que la quatrième de couverture du volume reproduit un fac-similé du manuscrit de La Chasse spirituelle. Ce manuscrit fameux aurait donc survécu?

samedi 1 décembre 2012

2036. L'Amérique de Philip Roth avec Steven Sampson

Un débat à La Règle du Jeu animé par Alexis Lacroix, avec Josyane Savigneau, Lazare Bitoun (traducteur de Roth) et Steven Sampson auteur des deux livres consacrés à l'oeuvre de Philip Roth dans la collection Variations. Et un entretien de Steven Sampson avec Lauren Malka pour MyBoox

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